Le clone de Bruce Springsteen hausse le ton et le talent pour taper sur les années Bush. Son nouvel album sent bon l'Amérique. En période d'antiaméricanisme primaire, ça ne fait pas de mal.
A la fin des années 70, il s'appelait John Cougar. Au milieu des années 80, il ajoutait son nom de famille pour faire preuve de sa bonne foi. Puis à l'aube des années 90, le Cougar disparaît et John Mellencamp devient un petit prince du rock américain, aux résonances country et à la voix abîmée par la cigarette et la poussière des terres du sud du pays.
En France, on fut longtemps sceptique sur ce drôle de rocker, qui aurait tout à fait sa place dans une publicité pour une célèbre marque de jean. Entre James Dean et Bruce Springsteen, John Mellencamp est souvent apparu comme trop américain.
Pourtant le musicien ne manque pas de talent. Ses albums sont souvent dans la première partie du billboard. A plus de cinquante ans, ouvert et concerné, Mellencamp est devenu un sage, un peu décalé mais respecté.
Comme le Boss, Mellencamp chante la petite Amérique. Celle qui souffre à l'ombre des légendes américaines. Discret depuis le début du 21e siècle, l'auteur de l'excellent Human Wheels revient en défendant les petits, les ruraux, en pointant du doigt la politique de Bush.
A la différence du dernier Neil Young, Mellencamp tente la réconciliation. Sur une chanson, un européen pourra rugir de plaisir sur une phrase comme «I'm an American, and I respect your point of view». On avait oublié que les cow-boys n'ont pas tous des oeillères tournées uniquement vers leurs santiags.
C'est l'impression que laisse Freedom's Road : voilà un disque droit dans ses bottes. Hommage à Woody Guthrie, célèbre chanteur de folk qui inspira Dylan, Freedom's Road reprend les thèmes chers à des auteurs comme Kerouac : la pauvreté, la dignité, la campagne et problèmes sociaux. Il faut ajouter aussi une bonne réhabilitation du patriotisme.
Freedom's Road est donc un disque engagé. Ca peut franchement agacer mais Mellencamp réveille, un peu plus que les derniers Springsteen, ce bon vieux rock conscient des réalités. Bien entendu, le style n'est pas nouveau et très prévisible mais il a un coté authentique et sincère, assez plaisant.
En 1985, le Born in the USA avait été mal perçu par la vieille Europe qui avait cru à un éloge de l'ère Reagan. Pourvu que ce disque, plus de 20 ans après, ne soit pas victime des mêmes préjugés.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 27/04/2007