Un compositeur qui a le don d’assembler paroles et musiques. Une chanteuse qui a la grâce. Fraise vanille vous enchantera, que vous ayez ou non des bleus à l’âme.
C’est la rencontre de deux soleils, deux personnalités tantôt radieuses, tantôt irradiées par la joie comme par la peine.
L’un Serge Rezvani, d’abord peintre puis écrivain. Mais également connu pour avoir joué dans Jules et Jim de Truffaut, composé « le tourbillon de la vie », chanson interprétée par Jeanne Moreau et qui a fait le tour du monde. Au début des années 2000, les chansons de Rezvani ont été revisitées par Mona Heffre.
L’autre, Helena Noguerra, sœur de Lio et compagne du chanteur Katerine, est une femme libre comme il en existe peu car elle se réinvente à chaque album, explore les territoires du trip-hop, de la pop et maintenant donc de la chanson française éternelle.
Car ce qui frappe dans Fraise Vanille, c’est l’aspect insubmersible des chansons qui composent l’album. Elles pourraient avoir été écrites aujourd’hui comme dans les années 1950. Elles ont acquis la patine de l’éternité. On peut donc les réinventer sans avoir peur de les trahir.
Et Fraise vanille s’y emploie. La production est réussie. Les musiques sont revisitées mais on retrouve l’essence du charme. La voix d’Helena est mise en avant et, ma foi, cette voix sensuelle et insolente fait des merveilles.
Sur l’ensemble des titres, on en reconnaît certains qu’on a entendus ailleurs, on se dit : « - Ah, tiens ! C’est Rezvani qui a écrit ce titre ? » Les chansons que l’on découvre, nous décrivent un monde où l’on se réfugie souvent dans l’amour pour fuir la tristesse du quotidien. Un monde idéal où l’on prend le temps d’aimer parce qu’il n’y a pas de chose plus importante.
On trouve aussi quelques titres en duo. Ils sont inévitables dans un album à l’heure actuelle. Ici, l’honneur est sauf. Le duo avec Katerine est drôlatique et ironique. Le duo avec Delerm (Vincent, pas Philippe) est charmant. Et le duo avec le maître lui-même Rezvani, nous permet d’écouter un timbre de voix gracieux et juvénil.
On ne s’étendra pas dans la glose de Fraise vanille car ce disque nous rappelle le titre d’un film des années 70 dans lequel jouait la Lolita de Gainsbourg, Jane B. Ce disque est « sérieux comme le plaisir ».
On notera toutefois que Rezvani et son art de la ritournelle a sa place entre Charles Trenet et Jacques Higelin, ces chanteurs bohèmes qui vivent à cloche-pied entre imaginaire et réel.
Ces chansons sont comme les buches qu’on met dans le feu pour l’entretenir. Elles nous réchauffent et la moelle et le cœur.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 28/10/2007