Au Théâtre de la Bastille le metteur en scène Arnaud Churin propose une amusante adaptation théâtrale du célèbre texte du sémiologue Roland Barthes.
En 1977, dans Fragments d’un discours amoureux, Roland Barthes établissait un dictionnaire des figures dans lesquelles l’amoureux solitaire s’agite. En se confrontant sans cesse avec la littérature (tout d’abord avec le Werther de Goethe, avec Proust et Gide…), avec la philosophie (par exemple, Nietzsche) et avec la psychanalyse (Winnicott, Lacan), grâce à un style richement ironique, Barthes construisait une cartographie des signes et des mises en situations de l’être amoureux.
Arnaud Churin choisit quelques unes de ces figures en les liant par une logique narrative et les récite lui-même sur scène en compagnie de par Scali Delpeyrat. Aux deux hommes s’ajoute la présence quasi silencieuse de la danseuse Luciana Botelho qui tisse des liens symboliques et concrets dans l’espace et parmi les présences sur le plateau. Ce trio donne à voir le discours barthesian, mettant en évidence sa subtilité du style et du jeu d’associations des différentes références littéraires et la profonde ironie de son approche vis-à-vis de l’amour.
La récitation crée une relation communicative légère et amusante avec les spectateurs (« un espace amical », comme l’affirme Churin même) et les mouvements et la gestualité réciproques des trois comédiens établissent un équilibre dynamique drôle et intense avec le texte.
Une inventivité hilarante, une liberté aérienne se dégagent de cette heure 10 de spectacle. La pensée de Barthes s’incarne subtilement, mais avec force : sa réflexion sur les images de l’état amoureux et sur leurs signes se transforme en une suite de figures chorégraphiques, en une gymnastique visuelle, comme dans une gymnastique – nous apprend Barthes - se démène inlassablement l’être amoureux.
Gloria Morano
© Etat-critique.com - 18/05/2010