Excellemment interprété et réalisé, ce deuxième film de Martin Valente montre une maîtrise totale du film choral dans un mélange subtil entre tragédie et comédie.
Un flic au bord de la dépression, une fille en quête de reconnaissance, une mère en prise avec la drogue, un réalisateur qui ne survit pas à un échec, une femme qui refuse de vieillir et un pharmacien enfermé dans sa solitude. Tous ces personnages vont se croiser entre Paris et Lisbonne, s’effleurant pour ne pas se blesser d’avantage.
Car fragiles, ils le sont, dans leurs cœurs et leurs esprits. Le chemin que la vie a tracée pour eux, aussi sinueux qu’il est, les a toujours éloigné du bonheur. Les petites joies ordinaires se noient dans des soucis plus graves et il ne reste plus que l’apathie pour survivre. Alors que la soif de vivre s’étanche au fil du temps, ils apprennent à exister loin des autres et loin d’eux-mêmes.
Mais tout va changer grâce à des évènements isolés et insignifiants, à des rencontres qui leur redonneront espoir. On dit souvent que deux perdus ne font pas un trouvé mais il faut bien des exceptions pour confirmer une règle. Ces êtres qui déambulaient sans but dans les rues, las de subir le quotidien, finissent par reprendre le dessus sur le cours de choses. Cette revanche sur la vie n’a rien ni d’artificiel, ni d’héroïque. Après tout, il n’y a pas de héros sans adversité, et l’adversité ici n’est pas une excuse.
La caméra, loin d’être intrusive, est comme invitée dans toutes ces tranches de vie et l’empathie finit par l’emporter. Elle est en osmose avec la musique, piochée dans les meilleurs titres indépendants et en collaboration avec le groupe Ginger Ale à l’écran, qui accompagne le récit à la perfection.
Lorgnant du côté de Magnolia de Paul Thomas Anderson par moment, le film réussit à rendre attachant la totalité des personnages, qu’ils paraissent proches ou non de nous. La joie succède à la tristesse sans lien apparent, comme dans la vie en fin de compte.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 20/06/2007