De la Nuit Américaine au Tournage dans un jardin anglais, le cinéma a déjà été brillement décortiqué par ses pairs. Quand l’auteur de l’hilarant rockumentaire Spinal Tap s’y colle, on espère beaucoup. Et on retombe d’aussi haut.
Le film Home for Purim sent le désastre à plein nez : des acteurs sur le retour qui tentent dans des élans shakespeariens de redorer un script inepte sous la direction d’un ancien beatnik qui évite toute interaction avec la productrice bimbo dont la fortune provient du recyclages de couches-culottes.
Avec son budget minuscule, personne ne s’attend à ce que le film fasse parler de lui jusqu’à ce qu’une rumeur anonyme de nomination aux Oscars parvienne aux oreilles de notre petite troupe. Très vite, la rumeur s’autoalimente et l’orgueil de chacun devient le principal moteur du tournage.
Le buzz engendré par un film qui n’aurait jamais du sortir des cartons poussiéreux d’un studio en perte de vitesse est un terreau idéal pour faire grandir un pamphlet accablant contre la recherche de la rentabilité au détriment de la qualité.
D’un côté, le film reste fidèle au genre et n’hésite pas à taper sur tout le monde : des agents aux producteurs, des médias aux critiques, des acteurs aux réalisateurs. Le tout est orchestré sans complaisance et on assiste aux revers du rêve américain censé auréoler de gloire le premier venu.
De l’autre, hélas, l’accablement touche plus le spectateur que l’industrie cinématographique. Cette satire autoproclamée sur l’influence du star system est souvent juste dans sa caricature mais ne réussit que peu souvent à être drôle ou édifiante. Le film tire même sur la cruauté gratuite vers la fin. Est-ce là une façon de rire de soi-même par une mise en abyme ?
Si tel est le cas, le long-métrage ne touchera que les cinéphiles avertis qui seront les seuls à comprendre la finesse de certaines scènes. Ceux qui cherchent un divertissement agréable passeront leur chemin. A force de vouloir faire dans l’élitisme, on se retrouve avec un film pédagogique pour les enfants qui rêvent de lâcher leurs études pour monter à Hollywood.
Le film For your consideration fait naufrage : des acteurs de second rang qui jouent des acteurs de second rang, un scénario qui s’égare dans les méandres d’un scénario qui ne ressemble à rien, une réalisation d’un idéaliste qui n’était pas inspiré par les impératifs de la production.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 14/10/2007