En marge de Land 250, sa grande exposition personnelle présentée par la Fondation Cartier, Patti Smith était en concert acoustique dimanche 6 avril dans les sous-sol de la grande maison de verre. Compte-rendu.
Le printemps culturel parisien est placé, cette année, sous le patronage de l'immense Patti Smith.
Outre l'exposition dédiée aux multiples facettes de sa production artistique (dessins, textes, photographies et films) réunissant des œuvres réalisées entre 1967 et 2007, elle assure la programmation musicale de la Fondation Cartier qui verra défiler, au fil des semaines, Jeffrey Lewis, Tom Verlaine ou Fred Frith…
Mais, en ce dimanche soir froid et pluvieux du 6 avril, c'est Patti Smith elle-même qui paie de sa personne et assure le spectacle. Une petite scène cosy installée dans la salle d'exposition du sous-sol de la Fondation Cartier. Quelques dizaines de coussins posés au sol pour former les premiers rangs, autant de pliants en second rideau, deux cents privilégiés (dont une bonne moitié d'invités)… c'est dans une ambiance chaleureuse et feutrée que l'icône de la contre-culture américaine se produit à Paris ce soir-là.
Jeans vintage, chemise blanche, veste et surveste noires, cheveux longs tombants de chaque côté du visage : elle se faufile entre ses admirateurs, souriante et détendue, et s'installe au micro. Comme par magie, la Patti Smith intemporelle de la pochette de Horses s'incarne enfin, toute proche, humaine et accessible.
Formation minimaliste et aussi peu électrisée que possible, soutien indéfectible de Lenny Kaye, le complice de la première heure : la soirée sera acoustique, amicale et inoubliable.
Ouverte avec Beneath the southern cross (Gone again - 1996) et clôturé par un People have the power (Dream of life - 1988) enthousiaste, les quatre-vingt dix minutes de complicité musicale offertes par l'artiste seront ponctuées de nombreuses anecdotes, contées avec beaucoup d'humour, voire de saine autodérision. On rit beaucoup, on reprend en chœur (Frederick, Because the night, Gloria…), on applaudit à tout rompre, on aide à traduire un mot ou une expression, on filme tranquillement (Agnès Varda et son gros camescope ne passent pas inaperçus), bref : on est entre amis et on est heureux (même Isabelle Huppert se laisse aller à dodeliner de la tête et chantonner à l'occasion) !
Quand la soirée s'achève, le public hésite à partir, traîne un peu devant la scène. Chacun se félicite d'avoir eu le bonheur d'assister à ce petit moment de grâce. Dehors il pleut toujours et le froid est plus mordant que jamais. Mais dans les cœurs, la grande dame du New Jersey continue à faire résonner son message d'espoir et d'utopie :
We can turn the world around
We can turn the earth's revolution
We have the power
People have the power
Joël Fomperie
© Etat-critique.com - 13/04/2008