RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Mercredi 23 Mai 2012Musique

 Fleet Foxes

Fleet Foxes

The FLEET FOXES

(Subpop, 2008)

Et ta critique ?




Non, ce n'est pas un chef d'œuvre oublié de 1968, mais le très impressionnant premier album de cinq jeunes orfèvres de Seattle qui ressuscitent folk, pop et chant choral avec une maîtrise étonnante pour leur âge. Magique.


Et pourtant, on en a soupé, du néo-folk. C'est vrai, quoi : il ne suffit pas de s'acheter une Martin et de se laisser pousser la barbasse (ou pour une fille, d'avoir la voix de Joan Baez) pour s'auto-proclamer descendant direct de Bob Dylan. Et voilà qu'au moment où on pensait l'affaire définitivement enterrée, arrive cet album. Le nom, la pochette peuvent faire peur. On flaire encore un de ces groupes adulés par la critique intello et terriblement prétentieux ?

Eh bien là on l'a vraiment dans l'os : les Fleet Foxes, un peu comme Alela Diane l'année dernière, sont tout le contraire. Modestes. Pas cyniques pour un sou. Et surtout incroyablement doués.

Dès les premières notes (un chœur a capella qui semble tout droit sorti d'une église perdue au fond des bois dans les années 1920), on est captivé par ce son unique, entre folk et pop psychédélique. Ces jeunes, emmenés par un certain Robin Pecknold, qu'on dirait sorti d'un film de Gus Van Sant, sont tout simplement uniques. Contrairement à d'autres (Bon Iver), leur folk n'est ni misérabiliste, ni embrouillé d'effets arty et distanciés comme celui de Syd Matters. Les Fleet Foxes ont choisi la ligne claire, celle de la limpidité du son, la voie naturaliste, et laissent s'épanouir leurs chansons sans chercher à les torturer de bidouillages pseudo-modernistes.

D'où cette étonnante impression d'intemporalité. Ces gus ont visiblement grandi en écoutant à foison les disques des parents, et leur musique s'est nourrie avidement de toutes ces influences : les suites de Crosby, Stills Nash &Young, influence la plus évidente (sur Sun It Rise), mais aussi Simon & Garfunkel, les Beach Boys (sur le superbe White Winter Hymnal), la pop baroque des Zombies, le british folk de Fairport Convention ou de Pentangle, la musique chorale des Harp singers (ensembles de gospel blancs à plusieurs voix du début du siècle). J'en passe et des meilleures.

Mais Fleet Foxes est bien plus qu'un ersatz des sixties. C'est d'abord un sacré recueil de chansons, très structurées, avec un sens étonnant du son et des orchestrations.

L'album alterne suites complexes (Blue Ridge Mountains) ou morceaux plus dépouillés (comme le touchant Tiger Mountain Peasant Song), instruments acoustiques et eléctriques, souvent dans le même morceau. C'est un peu aussi leur défaut de jeunesse : certaines chansons gagneraient à être un peu plus simples, certaines idées à être plus développées.

Mais surtout Fleet Foxes respire le plaisir de chanter à plusieurs voix, d'harmoniser à tout va, une grande tradition de la musique populaire, et un exercice qui se perd un peu de nos jours.

Voilà assurément un disque qui nous aidera à passer l'automne puis l'hiver, bien au chaud, à rêver que derrière la fenêtre, la grande forêt des états du Nord-ouest se recouvre d'un manteau blanc.



Nicolas Lejeune

© Etat-critique.com - 16/09/2008