La bande dessinée mythique de Paul Gillon et Roger Lécureux enfin rééditée en version intégrale et luxueuse pour l’édification des plus jeunes et la nostalgie des plus anciens.
Nous sommes dans les années de l’immédiate après-guerre et le Parti Communiste est encore une force majeure dans le paysage politique français. Sorti grandi de sa lutte contre l’occupant Allemand et fort du soutien des partis frères d’Europe de l’Est, le PCF dispose de quelques-uns des organes de presse les plus influents de l’hexagone. Parmi eux, Vaillant, un hebdomadaire destiné à la jeunesse et accueillant ce qui se fait de mieux à l’époque en matière de bande dessinée.
Il est donc naturel que ce magazine publie, entre 1950 et 1955, les planches d’une fresque historique et militante consacrée d’abord à la "longue marche" de Mao (149 planches en noir et blanc), puis à la lutte chinoise contre l’envahisseur Japonais durant la Seconde Guerre Mondiale (en deux épisodes de 20 et 30 planches en couleur).
Enfin rééditée en un seul volume à l’initiative des éditions Glénat, cette somme est présentée dans une édition soignée (papier de qualité, couverture cartonnée et dos toilé) qui fleure bon la nostalgie d’une époque révolue où tout était (ou semblait) plus simple : les méchants impérialistes/capitalistes d’un côté et les gentils humanistes/communistes de l’autre (où le contraire si l’on observait les événements depuis l’autre rive de l’Atlantique…).
C’est à Paul Gillon et Roger Lécureux que l’on doit cette œuvre édifiante de longue haleine. Agés respectivement de 24 et 25 ans au moment de la publication des premières planches (octobre 1950, soit un an à peine après que Mao ait enfin pris le pouvoir en Chine), les deux compères vont développer, au fil des mois puis des années, une histoire calée sur les événements historiques dont le héros emblématique est le jeune Tao, archétype du "pionnier" communiste par excellence.
En effet, c’est après avoir assisté impuissant à l’assassinat de son père par les soldats de Tchang Kaï-Tchek que Tao, le petit porteur d’eau de Canton, décide de rejoindre les combattants de la "longue marche". Dès lors, il participera héroïquement à toutes les luttes pour la liberté du peuple opprimé par les dictateurs successifs jusqu’au triomphe final.
Véritable catalogue exhaustif de la mythologie communiste, Fils de Chine restitue pleinement l’état d’esprit d’une époque emplie d’espoir en un monde meilleur et en un homme nouveau. Si cette illusion a vécue (et à ce titre, l’enthousiasme des textes de Roger Lécureux résonnent cruellement à soixante ans de distance), restent les dessins noirs, nerveux, efficaces et étonnamment modernes de Paul Gillon que l’on ne se lasse pas de détailler.
Un monument de a bande dessinée à (re)découvrir absolument.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 09/06/2007