Des gangsters, des policiers, une ville aliénante, une ébauche de scénario, Filatures est une nouvelle production de Johnnie To. Sans grande nouveauté, le film reste une plongée captivante dans le polar asiatique. On suit avec passion !
Le polar de Hong Kong fut la source d’une révolution esthétique au milieu des années 80, après les efforts de Tsui Hark et son poulain, John Woo. Ensuite le genre s’est vautré dans la caricature jusqu’à ce qu’une nouvelle génération se réapproprie les figures de style. On a apprécié Infernal Affairs qui a donné lieu à un remake américain et un grand film américain.
La presse française s’est entichée de Johnnie To, producteur habile et faiseur d’exception. Depuis une dizaine d’années, on s’extasie devant ses films policiers, âpres et simples. Filatures n’est qu’une production du cinéaste. Cependant il marque les débuts comme réalisateur du fidèle scénariste de To, Yau Nai Hoi.
Le film sera donc sans surprise pour les habitués du cinéma de To. On est dans l’épure. Une section spéciale de la police est spécialisée dans la filature. Une jeune femme discrète vient d’être engagée et découvre la difficulté du métier en tentant d’attraper un mystérieux gangster qui est à la tête d’un gang de cambrioleurs…
Pour donner de la consistance à l’ensemble, Yau Nai Hoi a la bonne idée de s’intéresser à trois personnages : la jeune ingénue, perdue dans la jungle urbaine ; son mentor, capitaine brillant qui se cache derrière un look de beauf et enfin, le chef des voleurs, solitaire intrigant et finalement dangereux.
Le film n’aurait rien d’exceptionnel s’il n’était pas tourné à Hong Kong. Comme les derniers films de To, le vrai personnage semble être la ville. Comme Wong Kar Wai, Yau Nai Hoi se sert des décors naturels pour faire naître une vraie tension et un véritable intérêt.
Moins crépusculaire que To, le jeune cinéaste observe la ville comme un labyrinthe surpeuplé, où chaque individu peut être suspecté de crimes. Le film développe une paranoïa qui va très bien au polar. Les caméras de surveillance, le téléphone, les ordinateurs, tout peut servir pour retrouver quelqu’un. Les héros sont au service de la police mais à quel prix. Ils sont autant hypnotisés par leur mission que les voyous, par l’argent.
Du film, très nerveux en terme de mise en scène, se dégage une étrange mélancolie, où derrière l’action pointe un triste constat sur la solitude et nos sociétés obsédées par la sécurité. Comme son compagnon de toujours, Yau Nai Hoi est à suivre de très près !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 07/01/2008