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Mercredi 23 Mai 2012Livre

 Fight Club

Fight Club

Chuck PALAHNIUK

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Freddy Michalski - Folio SF - 290 pages

Et ta critique ?




Un grand roman qui, dans une collection "science fiction" hors de propos en dit plus sur l'Amérique d'aujourd'hui que bien des documentaires.


Le héros n’a pas de prénom et il est l’employé modèle d’une société qui l’envoie à droite à gauche, à travers le territoire américain contrôler ce qui sera le plus économiquement fiable entre rapatrier des véhicules défectueux pour réparation ou indemniser les futures victimes de ces mêmes véhicules. Alors, il rencontre Tyler Durden qui est projectionniste et serveur dans des pince-fesses mondains et pratique le sabotage. À eux deux, ils forment le Fight Club. Et la règle numéro 1 du Fight Club, c’est qu’on ne parle pas du Fight Club. La règle numéro deux, c’est qu’on ne parle pas du Fight Club non plus.

Il va falloir qu’on m’explique ou que je demande à Christophe Dupuis, pourquoi Gallimard a trouvé tellement utile de publier Fight Club, l’un des rares romans américains actuels à parler ouvertement d’anarchisme comme solution politique au chaos social, dans sa collection science-fiction. Ça n’a l’air de rien comme ça. Pourtant, vous savez comme moi qu’on n’entre pas dans un roman de SF comme on entre dans un polar. Ne serait-ce que dans l’aspect documentaire du récit. L’auteur de SF peut inventer à peu près n’importe quel monde ou contexte social, on entre ou pas, mais le tableau est en toc. Or, c’est de l’Amérique de la fin du XXe siècle que Palahniuk fait le portrait dans ce Fight Club où la révolution ne passe plus par le discours aux masses et la manifestation de rue débouchant sur la guérilla urbaine, mais par le passage à l’acte, en réagissant de manière individuel par le sabotage, voire, la dérive terroriste.

À moins que la réponse ne soit elle-même dans la question ? Le choix de publication classée serait-il délibéré ? Dans l’intention d’en déminer l’aspect prophétique ? Toujours à voir le mal partout, Gendron.

Vous ne m’ôterez pas de l’idée que ce type qui s’épuise au travail et régurgite ses salaires dans un confort moderne en tout point semblable à celui de son voisin (mobilier Ikéa, appartements par cellules ignifugées qui peuvent exploser sans occasionner de dégâts collatéraux) et qui, par certain aspect, nous rappellerait l’innocent petit Néo du premier Matrix, est l’icône même du combattant en devenir qui prendra le flambeau et entraînera dans son sillage les partisans. Le cadre a remplacé l’ouvrier, comme c’était déjà le cas dans Brazil, mais la lutte engagée n’en est pas moins violente.

Palahniuk nous donne à lire une bien étrange révolution, celle de Tyler Durden, sorte de héros punk aux idéaux destructeurs qui n’entrevoit de libertés que dans la politique de la table rase. Avec Durden, les rues flambent, plus rien n’est à personne et l’homme reprend goût à la vie en s’inscrivant chaque soir pour un combat à mains nues avec un inconnu. Durden finance la lutte armée en fabriquant du savon avec les déchets des liposuccions de la haute société, savon qu’il revend à cette même aristocratie, aristocratie dans la soupe de laquelle il urine lorsqu’il reprend son emploi de serveur dans les sauteries du grand monde. Tyler le prophète du chaos. Et à ses pieds, le petit employé de la compagnie d’assurance qui n’existe que grâce à Tyler.

Roman apocalyptique certes, anarchisant en diable et sans doute bien plus proche d’une réalité américaine que l’on découvre souvent au détour d’un de ses grands auteurs. L’adaptation cinématographique que l’on doit à David Fincher est d’une fidélité à toute épreuve. On ne sort pas intact du Fight Club, ne serait-ce que dans les questions que soulève ce Tyler Durden.


Sébastien D. Gendron

© Etat-critique.com - 04/05/2009