Faire un film de mort-vivants original et réussi est un pari ambitieux tant le thème a été moult fois traité. Andrew Currie accomplit cet exploit haut la main avec un film délicieusement jubilatoire et politiquement incorrect.
Nous sommes dans les années 1960 et la menace zombie vient d’être éradiquée grâce aux efforts de la Zombie Corporation (Zomcon), comme en témoigne le documentaire pédagogique en noir et blanc qui introduit le film.
On ne se débarrasse jamais vraiment d’un problème de cette taille et c’est pourquoi la Zomcon a inventé une série de dispositifs permettant de préserver l’american way of life en domestiquant les dangereux mangeurs de chair fraîche.
C’est donc dans la paisible bourgade de Willard que nous retrouvons une famille modèle qui vient d’acquérir un nouveau compagnon, Fido. Ce dernier n’est pas un chien mais un mort-vivant de deux mètres de haut avec un cœur gros comme ça (et un appétit similaire). La famille va vite se lier d’amitié avec le nouveau venu malgré quelques petites bêtises (une fringale de veille dame, projections d’enfants,…) et tout se terminera en happy end.
C’est précisément cette vision d’une fin heureuse qui fait de ce film une petite perle d’originalité et d’anticonformisme. Le décalage entre les comédies de l’âge d’or d’Hollywood et le film classique de zombie fait fonctionner à merveille la recette de Fido. Le ton très léger contraste avec des moments de cruauté intense, mais toujours avec un humour irrévérencieux et exquis.
Entre des dialogues très bien trouvés (« Ce n’est pas parce que ton père a essayé de te manger que nous devons tous être malheureux ») et des situations surréalistes, l’ensemble ressemble à Pleasantville tournée par Georges A. Romero. A cela se rajoute une critique rafraîchissante d’une Amérique sécuritaire et conservatrice où les monstres sont rarement ceux que l’on croit.
On sent tout de suite le plaisir intense du réalisateur et des acteurs à faire fonctionner cette improbable machine. On retrouve avec joie Carrie Anne Moss dans une prestation aussi simple qu’efficace et le so british Billy Connolly qui donne tout le charme et la sympathie à la (dé)composition de Fido.
En attendant Planet Terror de Robert Rodriguez, qui promet de révolutionner le film de zombie, Fido, à l’instar de Shaun of the Dead, confirme la résurrection de ce genre de film d’horreur qui fascine autant qu’il révulse. Il faudra avoir une bonne raison pour ne pas aller le voir. Sinon on vous avale tout cru!
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 01/08/2007