Les experts sont agaçants. Avec leurs loupiottes dernier cri, ils devinent tout et se référent à des théories fumeuses qui endorment le téléphage. Heureusement leurs collègues de FBI Portés disparus sont là!
Jerry Bruckheimer casse tout sur grand écran. De Top Gun à Pirates des Caraïbes, le producteur épuise le spectateur avec des explosions, des héros charismatiques et bonne dose d'effets sonores dantesques. La finesse, il ne connaît pas!
Lorsqu'il a déboulé sur le petit écran, il a automatiquement connu le succès avec Les Experts. Là encore, c'est énorme. L'écriture narrative est nerveuse. Les effets sont hyper stylisés et servent un discours scientifique qui ferait passer McGyver pour un élève de CP.
Les héros ont la machoire carré et très serré. Ils sont beaux, intelligents et assurent comme des bêtes. Ils ont mille idées à la minute et sont souvent sûr de leur fait.
Lorsque les scientifiques de la police de Las Vegas, Miami et Manhattan se lancent dans une affaire, c'est le quotidien de l'enquête à succès et de l'imposante démonstration.
Les Experts, la première chaîne française nous en gavent. Les rediffusions à outrance ont montré les limites du spectacle et maintenant on observe le show avec un regard amusé. L'instinct des inspecteurs relève de la magie et si on enlève les effets de style, l'intrigue se réduit à pas grand chose.
Il est alors étonnant de retrouver Bruckheimer derrière FBI Portés disparus. L'ambiance est plus proche de New York district, référence obligatoire en matière d'enquêtes criminelles à la télévision. L'approche est clinique et froide.
La mise en scène est sobre et nos enquêteurs sont pas très habiles avec le dernier appareil scientifique qui vous dit la taille et le goût du poil retrouver dans la brosse de la victime. Ici, on rencontre des suspects, des victimes et des collègues.
Il y a un tableau blanc et beaucoup de questions sur des personnes qui disparaissent sans laisser de trace (Without a trace). Ca cherche donc les derniers faits et gestes du disparu et cela tombe souvent sur des faits divers assez sordides.
Fortiches, nos amis du FBI sont pourtant plus touchants que les docteurs du crime dans Les Experts. Si la narration est assez standard, si la série se refuse un coté moderne et sexy, la série se base sur une demi douzaine d'agents, fascinants.
Il faut dire que Anthony Laplagia, c'est la grande classe. Il refait le coup du film Lantana. Jack Malone, son personnage, est aussi opaque que les affaires qu'il débusque.
L'acteur est indéchiffrable et son allure de taureau sanguin le rend imprévisible. Il est l'intérêt central de cette série où bien entendu les agents gachent une vie privée terne pour sauver leurs contemporains.
L'ordinaire est beaucoup plus palpable et le classicisme va très bien à la série. On se surprend devant le calme de la réalisation. On se met même à réfléchir et ne pas laisser son cerveau sur off. On observe autant les réactions de flics que des suspects. On cogite et on tremble: c'est assez rare en ce moment dans les séries pour ne pas le signaler!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 01/04/2008