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Mercredi 23 Mai 2012Musique

 Extraordinary Machine

Extraordinary Machine

Fiona APPLE

(Sony - 2005)

Et ta critique ?




Six ans ! C’est le temps qu’il aura fallu pour que When the pawn, le second album de Fiona Apple, trouve un successeur. La raison de cette longue attente s’explique par les nombreuses complications qui ont jalonné l’enregistrement de ce troisième album.

En effet, une première version de Extraordinary machine produite par le fidèle Jon Brion et prête depuis février 2003 ne convenait pas à Sony. Motif de la maison de disque : un album pas assez commercial car dénué de tube potentiel ! Comme quoi, on peut avoir vendu plus de trois millions d’albums et ne pas avoir toute la confiance de son label !

Toutefois, à la décharge de Sony, plusieurs écoutes assidues des deux versions de l’album amènent objectivement à concéder que la version enregistrée par Jon Brion, bien que plus cohérente et plus surprenante dans ses arrangements profite moins, à quelques exceptions près, aux chansons de Fiona Apple que la version finalement publiée. Pour résumer, la première version de Extraordinary machine est un excellent album de Jon Brion alors que la production de Mike Elizondo et Brian Kehew est, elle, au service de Fiona Apple.

Aussi, en plus des deux chansons rescapées des premières sessions, la chanson titre et Waltz placées aux deux extrémités de l’album, seule la version de Red red red par Jon Brion aurait due être sauvée et placée sur l’album.

Concernant 'Extraordinary Machine', on a le sentiment que les deux producteurs ont dû répondre à un cahier des charges dicté par Sony. Ce cahier des charges pourrait se résumer ainsi : pas de prise de risque à la Jon Brion et une volonté de rendre leur mordant aux morceaux en accélérant par exemple certains tempos (O’Sailor).

Conséquence plutôt désagréable de ce cahier des charges, Mike Elizondo et Brian Kehew s’autorisent des rappels de la discographie de Fiona Apple. Ainsi, on pourra reprocher en vrac que l’arrangement de O’Sailor calque de façon un peu trop grossière les nappes de Chamberlain et surtout le gimmick de métallophone de Shadowboxer, le premier single de Fiona Apple, tout comme la fin toute en longueur de Tymps ressemble un peu trop à celle de On the bound, ou que les sons de guitares de Better version of me sont directement empruntés à ceux que l’on entend tout au long de When the pawn…

Pourtant, malgré cette timidité dans les arrangements, Extraordinary Machine est une immense victoire pour Fiona Apple.

Ainsi, si la "lourde patte" de Abe Aboriel Junior fait parfois regretter l’immense Matt Chamberlain, le choix de confier deux morceaux au talentueux batteur de The Roots Ahmir "?uestion" Thompson s’avère extrêmement judicieux. Sobrement arrangé (piano, batterie, basse, guitare), un titre comme Not about love retrouve toute sa puissance, là où les cordes un peu trop présentes de Jon Brion affadissaient cette excellente chanson.

D’autres morceaux sont également transcendés. Citons dans le désordre, le sensuel Tymps et son "fuzz clavinet" qui lui donne un parfum de Stevie Wonder, Get him back et sa rythmique furieuse jouée par Ahmir "?uestion" Thompson et Mike Elizondo que l’on retrouvait déjà sur When the pawn et qui s’offre tout le long de l’album quelques très belles parties de basse, ou encore l’incroyable Better version of me qui retrouve sa rage et son urgence. Afin sans doute de mettre tout le monde d’accord, Fiona Apple offre le splendide Parting gift, titre totalement inédit de la première version de Extraordinary machine, où, seulement accompagnée de son piano, elle y révèle une fois de plus sa grâce mélodique et la magie de sa voix.

Malgré les craintes, on retrouve bien dans ce nouvel album l’âme de la musique de Fiona Apple : son écriture aiguisée, son débit taquin et acéré, la sensualité de sa voix faite de modulations extraordinaires et les ruptures de rythmes si caractéristiques de ses chansons.

Si When the pawn est le chef d’œuvre de Fiona Apple, Extraordinary machine est une merveilleuse collection de magnifiques chansons, interprétées par la plus grande chanteuse pop de sa génération.


Guillaume Lebouis

© Etat-critique.com - 08/07/2007