Voyages au bout des sensations.
Dans l’architecture moderniste de
l’ARC, Dominique
Gonzalez-Foerster & Cie nous invite à une exploration intense de la lumière
et de l’espace.
Expodrome réunit plusieurs
espace-temps déclencheurs d’expériences singulières : Solarium,La Jetée,Promenade,
Panorama,Cosmodrome, et Cinéma.
Dominique Gonzalez-Foerster
invente un lieu, une géographie à traverser et à appréhender, à visiter et à
ressentir.
Comme une partition écrite à plusieurs mains, l’artiste a ici travaillé
en étroite union avec Nicolas Ghesquière, Bashung, Benoît Lalloz et Martial ou
Jay-Jay Johanson, qui tous apportent leur musicalité et leur sensibilité aux
constructions perceptives.
La Promenade ouvre Expodrome :
un arc blanc et brûlé de lumière, un trip surexposé où le vide s’étend …jusqu’à
ce que la pluie vienne tambouriner à nos oreilles, une pluie tropicale immatérielle,
sous laquelle on passe sans être mouillé, qui accompagne notre chemin, qui
devient la matière même de cette promenade. Et lorsque le corps, par projection
cognitive, cherche à se protéger, il se pose dans de petits recoins où l’eau
tombe alors sur de la tôle, dans des tuyaux, ou goutte à goutte. Et l’on se
prend à lever la tête pour capturer un peu de cette fraîcheur virtuelle, pour
participer encore plus à cette oeuvre dans laquelle nous sommes projetés,
libérés et affranchis.
Une libération qui s’explore et se ressent
dans chaque dispositif.
Dans le Solarium, où allongé sur les escaliers à
admirer le soleil au-dessus de l’horizon, ses jeux d’éblouissement, d’apparitions
et d’ombres, le corps se déleste encore un peu plus
de la pesanteur, puis poursuit sa traversée des lumières, celles qui crépitent le
long du Panorama, où glissent et scintillent les points de vie urbains, qui s’enfoncent
puis éclosent du gris brillant et sourd
du mur.
Les frontières s’abolissent, le dedans et le dehors
se jouent de leur définition, la
Jetée dresse un paysage de blocs acérés qui nous
ralentissent, tandis que nous décollons dans le Cosmodrome, couchés sur du
sable volcanique, hypnotisés par les séquences lumineuses et musicales.
Dominique Gonzalez-Foerster franchit dans son
travail, qu’il soit cinématographique, photographique, plastique ou scénique, des
frontières d’espace et de perceptions.
Et elle a la générosité de nous inviter à la
suivre.
Perrine Le Querrec
© Etat-critique.com - 15/04/2007