Avec Ethan Hawke, River Phoenix, Bobby Fite et Robert Piccardo - Paramount - 1985 - 1h40
Et ta critique ?
Bide retentissant, Explorers va enterrer la carrière de Joe Dante pourtant, le temps renforce l’idée d’un film maudit mais d’une magnifique réflexion sur l’adolescence.
Après le succès de Gremlins, Joe Dante travaille sur une adaptation de Batman sur grand écran. Il arrête son travail lorsqu’il tombe sur le script de Explorers. Ca a le gout de Spielberg. Ca a la saveur de Spielberg. Mais ce n’est pas du Spielberg !
L’auteur de Rencontres du troisième type est un incorrigible optimiste. Joe Dante est son double grincheux. Mais pas malheureux. Dante possède le même champ lexical et visuel que son mentor. Il a l’art du double langage. La Paramount va découvrir que le cinéaste n’est pas un simple yesman d’Hollywood. La servitude n’est pas du tout la qualité de Joe Dante.
Explorers ressemble beaucoup à une comédie fantastique pour adolescents. Ben, Wolfgang et Darren sont trois collégiens qui découvrent une formule scientifique qui leur permet de matérialiser une bulle extraordinaire. Elle permet de voler dans le ciel… et peut être dans l’espace. Ben, étant grand amateur de films de science fiction, se met à penser qu’il serait possible de rencontrer des extraterrestres…
Ce qui va bien évidemment arriver mais hélas la rencontre sera d’un tout autre type : les deux aliens qu’ils rencontrent sont des clowns. Abreuvés par la télévision terrienne, ils déconcertent rapidement les jeunes héros heureux de percer des mystères.
Ils tombent sur deux drogués de télévision, deux enfants immatures grondés par un super papa ogre un peu grotesque. L’aventure perd toute sa magie. Le rêve qui devient réalité n’est pas forcément une bonne chose.
Le monde de l’adolescence décrit par Dante est très cruel. C’est ce qui fait que le public va bouder le film, produit trop rapidement. Les conventions du cinéma eighties sont présentes mais Dante les détourne pour traiter de la solitude et de la difficulté de grandir.
Le monde des adultes est quasi absent. Les seuls qui apparaissent vraiment sont les parents un peu azimutés de Wolfgang le matheux. Les trois héros sont des marginaux dans leur lycée. Ben est un garçon rêveur. Wolfgang, en bon premier de classe, est un persécuté. Darren, par son milieu défavorisé, pourrait être un petit voyou.
L’idée d’un voyage spatial leur permet d’échapper à leur médiocre quotidien. Pourtant, dans les cieux, le constat n’est pas folichon. Grandir pourrait être dû à une succession de désillusions autour de son ambition, ses rêves et ses passions.
Le propos du film est très amer et jure avec les idées farfelues du film dont la magnifique araignée en acier qui doit encore rendre jaloux Tim Burton aujourd’hui. Malmené par les producteurs du film, Dante aura du mal à finir le film qui pourtant est une déclaration d’amour à la cinéphilie et un joli crachat à la face de l’imbécilité. L’expérience va le marquer fortement. Lorsqu’il reviendra aux affaires, c’est avec la rage au cœur et le style Dante va définitivement se singulariser.