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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Exilé

Exilé

Johnnie TO

Avec Anthony Wong, Nick Cheung, Simon Yam et Francis Ng ARP selection – 11 juillet 2007 – 1h38

Et ta critique ?




Western contemporain, Exilé remet au goût du jour le polar héroïque qui a fait chavirer le cinéma au début des années 90. Gunfights spectaculaires et personnages mélancoliques, Exilé est un brillant exercice de style jouissif et référentiel.


Deux types frappent à une porte. Il cherche Wo. Il n’est pas là. Deux autres types, encore plus patibulaires cherchent la même personne. Les quatre attendent dehors et lorsque Wo arrive, ils pénètrent chez lui en toute tranquillité pour se livrer à un duel impressionnant sous les yeux de la femme et le bébé de Wo.

Résignés, les personnages se livrent à un numéro virtuose de fusillades made in Hongkong. Les décors explosent, les accessoires virevoltent et les hommes rebondissent dans les quatre coins de l’écran. Johnnie To, chouchou de la presse et cinéaste compulsif, ressuscite la maestria de John Woo et ses chefs d’œuvre comme Le syndicat du crime ou The killer.

Car finalement après ce début impressionnant, les types qui se tirent dessus, sont en réalité, des amis et ensemble ils vont s’en prendre à un parrain de Macao, particulièrement sadique. A la limite, l’histoire, on s’en moque. Comme dans The mission et PTU, le scénario est dépouillé au maximum.

Le cinéma de To est un cinéma d’ambiance et de figures imposées. Ici, les tueurs ne sont pas si noirs qu’on l’imagine. Le film exalte l’amitié et les sentiments chevaleresques. Désenchanté, To fait de ces cinq assassins, les derniers vestiges d’une autre époque.

L’exil ou le sacrifice, voilà le dilemme qui va conclure le film ! Dans ces moments là, Johnnie To fait, comme tous les plus grands artisans du film de genre, son hommage au cinéma crépusculaire de Sam Peckinpah et applique certaines langueurs que Sergio Leone n’aurait pas reniées.

La révérence est convenue. Elle ne bride pas le réalisateur. Son western moderne est fascinant. Une fois de plus, Johnnie To se sert idéalement des décors urbains de Macao pour enfoncer son histoire dans une sorte d’abstraction salutaire.

Son film est une épure réjouissante. Rien n’est laissé au hasard. Les personnages sont réduits à des icônes fantasmagoriques. Les combats sont des ballets mortels et habilement chorégraphiés. Sans vraiment de script, le film est aussi passionnant dans les moments calmes, où les hommes se reposent, pansent leurs plaies et rêvent d’une autre vie possible.

Entre spleen existentiel et scènes d’action enthousiasmantes, Exilé retrouve toutes les vertus du polar hongkongais.  Franchement, on avait oublié à quel point cela pouvait faire du bien !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 13/07/2007