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Mercredi 23 Mai 2012Musique

 Excellent Italian Greyhound

Excellent Italian Greyhound

. SHELLAC

(Touch & Go Records - juin 2007)

Et ta critique ?




L’industrie du disque va peut être mal, mais s’il en est un qui ne s’en soucie guère, c’est bien Steve Albini... Découverte d'un quatrième opus en douceur.


L’industrie du disque va peut être mal, mais s’il en est un qui ne s’en soucie guère, c’est bien Steve Albini... Car il en a bien fait partie, au début des années 90, au sortir d’une (1ère) carrière au sein de la scène noise américaine, avec son groupe Big Black. C’était aux côtés des Black Flag d’Henri Rollins, ou encore de Fugazi. Bref, le cœur même de la rage exprimée avec une guitare.

Il est soudainement au cœur de l’actualité par ses productions du 1er LP des Breeders « Pod », de PJ Harvey, et surtout par ce coup de maître lorsqu’il s’attela à mettre en scène pour toutes les oreilles le «Nevermind » de Nirvana en 1991.

Shellac Of North America. Le nom complet du groupe. Formé autour d’Albini à la guitare et au chant, il est composé à la basse du prolifique producteur (c’est obligatoire dans ce groupe ?) Bob Weston, de Chicago, et du batteur Todd Trainer de Minneapolis. Pris par leurs activités d’ingénieurs du son et de producteurs* , ce n’est qu’en 1994 que sort le 1er album de Shellac « At Action Park ». Et l’on prend une claque. Puis suivent 2 autres claques, « Terrarform » en 1998 & « 1000 Hurts » en 2000.

Arrive enfin en ce mois de juin 2007 un 4ème opus, « Excellent Italian Greyhound ». Un souvenir de voyage agréable en bus à travers l’Italie ?

A l’écoute de ce disque, il est clair que l’on doit maintenant regarder les trois premiers albums de Shellac comme un triptyque, une façon d’être extrêmement tendu et d’exploser tel… un orgasme libérateur.

Et après l’orgasme, c’est l’heure du calme, de la volupté, des caresses et… de la pause clope, toute aussi agréable. La guitare est presque apaisée. La basse semble moins forte. Le batteur est assurément moins métronomique qu’auparavant. Shellac part avec ce disque sur de nouveaux terrains. Le hardcore  taillé au couteau par le son en devient presque pop (dans une certaine limite bien sûr). Le titre Kyttipants, presque en forme de ballade, en est la parfaite illustration.

Les trois instrumentistes ont épuré : certaines chansons concentrent autant de silence que dans les trois précédents albums réunis. Puis vient Genuine Lulabelle, la pierre angulaire qui soutient tout l’album ; le chant accapella de Bob Weston & Steve Albini, la batterie n’arrivant qu’au bout de 2 minutes 30. Tout cela porte une envie, comme une façon de dire « nous savons faire autre chose, nous pouvons dire autre chose ».

La guitare d’Albini sonne cette fois-ci « dans » le groupe. Elle n’est plus autant en avant, par son son très aigu et criard (dans le bon sens bien sûr). Les trois garçons auraient pu intitulé leur album « Faites comme si on était pas là ».

Avec Paco, qui clôt presque l’album, on tient là presque un hardcore d’avant-garde. Par sa construction mathématique (mathrock), par ses changements de rythme et d’humeur (jazz), par sa mélodie récurrente et si simple à chanter (pop). On n’oublie pas qu’après l’orgasme et le repos, le petit coté du « reviens- y » prend le dessus : en forme de conclusion, Spoke fait craquer vos oreilles… qui finiront enfin par trouver un bon sommeil réparateur.

Une dernière précision très importante : si vous investissez dans l’achat de ce disque, faites le en format vinyl. D’une part le packaging est absolument magnifique en 30cm. D’autre part, le son a été masterisé pour une écoute vinyl. Et même si Steve Albini est un opposant farouche au numérique sous toutes ses formes, il a pris soin de glisser une rondelle CD dans le packaging vinyl… Merci qui ?




* Activités qu’ils continuent d’assumer aujourd’hui. Assurant que se consacrer à 100% à Shellac nuirait à leur créativité & à leur énergie créatrice. Pas si bête, comme raisonnement.


Stéphane Dorémus

© Etat-critique.com - 10/07/2007