Avec ETRE LÀ, Sylvaine Hinglais réussit le pari audacieux de nous plonger sans détours dans une comédie multiculturelle. Nous sommes emportés par ce spectacle rythmé, profond et plein d’humour !
La pièce commence avec les personnages A et B. Chacun tient un cerceau autour de son ventre pour mieux préserver son espace vital contre le domestique, Proserpine, et les Autres qui attendent dehors.
Lorsque la cartomancienne C, arrive, tout se complique. Le faible équilibre qui existe entre les deux hommes est détruit. Chacun d’eux tentent de séduire la belle et mystérieuse C.
Le tableau est complet lorsqu’arrive D. Elle se révèle un personnage à part puisqu’elle ne cherche pas à s’approprier une place. Elle essaye d’être la plus discrète possible et se soucie uniquement de son élevage de vers luisants.
Pendant plus d’une heure, nous vivons au rythme de ces destinés qui se croisent et s’entremêlent pour révéler de bien singuliers personnages.
Le spectacle étonne par sa diversité, en effet, ETRE LÀ, est jouée par des comédiens de différents pays. Durant le spectacle, nous pouvons entendre du japonais, du tchèque, de l’espagnol et de l’anglais. Cette variété de sonorités nous transporte dans un monde multiculturel où la communication entre les êtres est loin d’être simple mais reste essentiel pour continuer à exister.
ETRE LÀ c’est aussi une pièce qui a pour ambition de s’inscrire au cœur de l’actualité en remettant en cause la question de l’exclusion, de l’identité et du droit à la reconnaissance sociale. Le personnage de Prospérine montre très bien ce combat. Avant d’être le serviteur, il avait une place. Lorsqu’on le lui a pris, il a perdu son identité mais aussi sa légitimité d’exister.
Cependant même en abordant des sujets brulants et profonds, la forme reste légère grâce à l’humour. Le comique est crée par ces personnages loufoques et touchants qui tour à tour dominent ou sont dominés. On assiste réellement à une quête identitaire de chacun de ses personnages qui veulent trouver leur place dans le monde et par rapport aux autres.
De plus, ce qui interpelle les spectateurs, c’est la qualité des supports du spectacle. En effet, non seulement le texte est une création originale du metteur en scène mais elle a aussi fait appel à des jeunes artistes pour le décor et la musique.
Le décor est une toile peinte par une artiste peintre : Sylvie Chen. Elle a tenté d’exprimer le texte contemporain de Sylvaine Hinglais en matière d’Art plastique à travers la synthèse de techniques avant-gardiste et traditionnelle chinoise.
L’univers musical a été crée par un collectif de compositeurs : Polymorphoses. Ils ont pour but de créer et de diffuser une musique contemporaine au plus large public possible.
Ces jeunes artistes se retrouvent totalement dans la démarche d’ETRE LÀ, c’est-à-dire, créer un spectacle contemporain de qualité tout en se souciant de rester accessible au public.
Au final, ETRE LÀ, se révèle être une pièce proche de nos préoccupations contemporaines et existentielles tout en restant une pièce divertissante.
Rebecca Bory
© Etat-critique.com - 03/06/2008