Pour le 30ème anniversaire de sa mort, EMI sort le grand jeu. DVDs, intégrale de ses enregistrements studio en 70 CDs de 1949à 1969, ses plus grands opéras en 8 CDs et une compilation en 2 CDs de ses airs les plus marquants assortie d’un DVD de 12 minutes raconté par Gérad Courchelle, le spécialiste de la musique classique sur France Inter... Eternelle Maria Callas.
Trente ans après sa disparition, la fascination demeure. EMI classics édite son œuvre depuis 1949, alors l’occasion est belle pour l’éditeur de nous offrir avec le recul ce qui demeure comme l’incontournable de "la Callas". Le coffret est très intelligemment construit suivant chronologiquement la vie de Callas et les opéras clefs de sa carrière.
Le premier disque parcourt ainsi les répertoires de Puccini, Catalini, Cilea, Giordano, Verdi, Bellini pour finir sur la longue scène qui introduit l’héroïne tragique du chef d’œuvre de Donizetti, Lucia di Lammermoor qui marqua incontestablement sa carrière, tant l’expression qu’elle en a donné humainement a prouvé qu’on pouvait chanter mais aussi jouer théâtralement les opéras. Axée sur la personne de Maria Callas, la liste des morceaux choisis laisse entrevoir à la fois une forte identification avec les personnages interprétés mais également une étonnante technicité qui a fait d’elle une diva.
La Callas disait d’elle-même : ”J’ai eu le privilège de connaître une destinée extraordinaire. Je suis une créature du destin. Il s’est emparé de moi, il a tracé ma voie. Je ne m’appartiens pas mais suis le témoin extérieur de ma propre vie.” Les titres chantés font ainsi entendre une Callas tourmentée et en proie à ses rôles comme à sa vie, allant de l’émouvante prière de Tosca au récit glacial du meurtre de son ancêtre dans Turandot.
Le deuxième CD commence par la pierre angulaire de sa carrière, Norma de Bellini, chanté quatre-vingt dix fois par Maria Callas. Puis s’enchaînent, Verdi et Rossini avec une attention particulière portée à un des deux seuls rôles comiques qu’elle a interprété : la malicieuse Rosina du Barbier de Séville. Mais la petite surprise vient de la suite. L’éditeur phonographique opte pour finir exclusivement cette compilation avec des opéras français. Défilent ainsi Gluck, Bizet (avec un enregistrement studio de Carmen qui laisse imaginer ce que Maria aurait pu en faire sur scène), Massenet, Saint-Saëns, Charpentier sans oublier Gounod qui clôt ce disque avec le fameux air des bijoux de Faust . Ce parcours presque géographique est là pour nous rappeler que si Maria est née américaine, celle-ci finira sa vie en France, recluse quasiment seule dans son appartement parisien de la rue Mandel où elle mourra d’une crise cardiaque.
Le film de 12 minutes intitulé La Vie et le Destin de Maria Callas, rien que ça, est constitué d’extraits de Maria Callas : Life and art et de Maria Callas at Covent Garden, deux films déjà édités en 1999 et 2002 chez EMI. Gérard Courchelle se contente simplement de narrer les grandes étapes clés de la vie de la Callas en reliant les interviews et témoignages entre eux... Pas de grande surprise, même s’il est toujours agréable de revoir des extraits de ses chants. On pourrait regretter l’absence de regard journalistique due à un format qui ne permet que d’être très superficiel… Imaginer raconter la vie et le destin de la Callas en 12 minutes est un beau défi qui ne donne qu’un étrange avant-goût. Le film ressemble davantage à un diaporama biographique qu’à un documentaire. Les entretiens en américain ne sont pas toujours sous-titrés, ni traduits, une finition regrettable qui laisse penser que le documentaire s’adresse peut-être davantage à la nouvelle génération qu’à celle qui l’a vraiment connue qui n’est pas forcément anglophone. On est pourtant sûr que Gérard Courchelle aurait pu la traduire notamment quand elle s’exprime en interview sur son légendaire tempérament. Une petit bug au montage ?...
Qu’importe en définitive, cette compilation cohérente atteint son but, elle est une judicieuse introduction à ceux qui veulent approcher et découvrir l’univers de la Callas. Les deux disques avec 33 titres permettent d’explorer les différents répertoires de la diva, de vibrer avec elle sur les airs les plus connus, tout en rêvant avec le DVD à celle qui calqua souvent sa vie sur ses opéras : la légende est parfaitement entretenue. Une compilation réussie de la Callas qui devrait vous donner l’envie de découvrir les opéras entiers.
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 28/09/2007