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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Et maintenant on va où ?

Et maintenant on va où ?

Nadine LABAKI

Avec Nadine Labaki, Claude Msawbaa, Leyla Fouad et Antoinette El-Noufaily - Pathé - 14 septembre 2011 - 1h50

Et ta critique ?




Cette question, Nadine Labaki se l’est-elle posée en amont de son nouveau film dans l’élaboration du scénario? En tout cas on se la pose souvent en visionnant son nouveau film!
 


Perçue comme une fable mettant en scène la vie d'un petit village isolé, tout pourrait sembler assez mythique et fraternel : la vie en communauté entre le bistrot, la mosquée, l’épicerie et l’église, les soirées télévision tous ensemble à la lumière des lampions, le prêtre et le cheik symbole de l’unité et de la coexistence…

Seulement voilà les premières images nous plantent un certain décor : ce cortège de femmes en noir, avançant dans la poussière dorée d’une étendue déserte et ensoleillée en direction d’un cimetière. A la main, la photo d’un être cher perdu, un père, un frère, un mari… 

On est dès lors partagé entre un quotidien qui pourrait être simple s’il n’était régulièrement dynamité par la guerre et ses fracas. Le nom du Liban n’est jamais prononcé mais on sait combien la réalisatrice est imprégnée du destin de son pays et de la cohabitation entre ses différentes communautés.

Bien qu’à égalité pour le ravitaillement en passant des champs de mines, boire au même café, éprouver les douleurs de la guerre, les croyances divergent.

Le calme ne semble ainsi qu’accalmie entre deux hécatombes. Mais là les femmes sont bien décidées à ne pas attendre le prochain coup d’éclat sans rien faire. Elles vont enchainer les stratagèmes, ruses et autres malices pour détourner les hommes de leurs envies guerrières. Leur union complice est leur force pour ne plus revivre ces marches accablantes vers le cimetière et tenter l’équilibre entre leurs communautés chrétiennes et musulmanes.

Mais l’équilibre est fragile et la moindre étincelle symbolique menace de semer la discorde. Les hommes sont comme des bombes à retardement, prêts à exploser, à piétiner la trêve, à déterrer les armes armes cachées lors de la dernière guerre civile.

On voit autant les qualités des femmes que les défauts des hommes et le trait est un peu gros. D’un côté les femmes honorées pour leur courage, leur dignité, leur force face à l’extrême douleur. De l’autre l’homme dans ce qu’il a de plus primitif face à des jolies Blondes venues d’Ukraine ou face aux armes quitte à défier du regard sa mère en pleurs. Les hommes toujours prêts à rouvrir les vieilles blessures, pendant que les mères et épouses n'ont qu'un souci : arrêter de souffrir.

Dans le rôle de la belle tenancière du café, Nadine Labaki nous propose néanmoins une once d’espoir après les scènes déchirantes et angoissantes de combat d’hommes en prenant son fils dans les bras.  Enceinte lors de l’écriture du scénario on peut y voir une façon d’espérer que la nouvelle génération n’ait pas cette même soif belliqueuse mais fasse grandir des hommes « aimants, honnêtes, accomplis » et surtout pacifistes.

Pour son deuxième film après Caramel, Nadine Labaki confirme son talent dans la prise de vue, la beauté des images, la qualité de certaines scènes comme la comédie musicale en cuisine, mais le côté décousu du scénario dessert le tout.

Elle passe sans trop d’habilité du comique au tragique, du religieux au futile, du voile au décolleté, et pour en venir finalement souvent aux mains avec une agressivité incontrôlée. Alors on suit l’action tout en se demandant où elle va maintenant.


Estelle Grenon

© Etat-critique.com - 20/09/2011