Peintre
et sculpteur, Petra trouve dans l’utilisation du vêtement dont elle dote ces
personnages le point de convergence entre ces deux pratiques. Jusque-là, ils
allaient nus. Puis, il y a deux ans sans qu’elle sache trop pourquoi le recours
au vêtement s’est imposé.
Deux
robes pendent dans la vitrine : l’une est de taille adulte, tandis que
l’autre a appartenu à une enfant. Toutes deux ont été blanches un jour, portées
les jours de cérémonies ou le dimanche où il convenait que l’on revête ses plus
beaux atours : des petites robes de fêtes. Depuis le temps a passé et
elles se sont salies. Petra les a empesées d’un mélange de plâtre et de résine
leur imposant roideur. Puis elle les a entourées de fils de fer. Ils enserrent
le poupon qui repose dans le giron de la petite, tandis que la grande voit son
poids alourdi par une croix de métal : la fête semble bien terminée.
Appendues à un cintre, ces deux robes qui n’habillent plus que le vide disent
la disparition des corps qui les ont un jour habitées.
Les effets que Petra utilise sont tous d’un autre âge. Elle
les a choisis pour leur coupe, parfois elle met du temps à les trouver. Ils ont la qualité des tissus d’antan, lin,
coton épais. Ils datent d’une époque d’avant l’apparition du synthétique, où
l’on prenait soin des habits que l’on avait peu, soucieux de leur durée. Ces
vêtements, robes, caracos pour les femmes, chemises pour les hommes témoignent
au plus près d’une histoire de l’intime, de ce qui s’est tenu tout contre la
peau.
Plissé, froissé, taché, le vêtement offre une nouvelle
matérialité au corps, et contribue à l’effet de surgissement hors de la surface
plane de la toile. Les personnages peints par Petra s’inscrivent dans une large
bande sombre centrale, parfois surlignée de rouge. Ils se tiennent au seuil
d’une béance : porte ou
cercueil ? Dans un contraste d’ombre et de lumière, ils tendent vers
l’avant. Où qu’ils aillent, d’où qu’ils viennent, ces êtres en souffrance ont grand
besoin d’être entourés. En les habillant, Petra transmet à son théâtre d’ombre
un peu de sa chaleur.
Poupées, peluches, objets s’échappant d’une valise oubliée,
émaillent également l’univers brossé à grands coups de peinture par l’artiste.
Témoins fragiles de nos parts d’enfance, ils accompagnent ses personnages dans
leur sombre traversée.
Stéphanie Buttay
© Etat-critique.com - 22/10/2007