En seulement 3 albums parus en France, Joe Matt s'est fait une place à part dans la bande dessinée : celle du loser solitaire, radin… et onaniste.
Né en 1963 à Philadelphie, Joe Matt vit à Toronto. D’abord coloriste pour les BD de super-héros, il réalise désormais une œuvre hautement personnelle qui lui a déjà valu la reconnaissance de toute la presse américaine. Avec ses amis Chester et Seth, Joe Matt collectionne les vieilles bandes dessinées, les jouets et les figurines “old school”.
Sauf que Joe a une autre manie moins avouable : il passe ses journées à visionner et sélectionner minutieusement les scènes hard tirées des cassettes pornos louées à un copain afin de se confectionner des compilations exclusives, sortes de concentrés de luxure. Bien sûr, cette activité n'est pas sans conséquence sur sa libido et il termine ses journées épuisé par tant d'irrésistible sollicitation.
L'autre conséquence de cette déviance incontrôlable est qu'il ne lui reste guère d'énergie à consacrer à son travail de dessinateur de BD. Fauché, il n'en devient que plus radin et cible toute trouvée des moqueries de ses deux potes. D'autant que Trish, sa compagne, a mis les voiles, lassée de son comportement onaniste monomaniaque…
Absolument autobiographique, Epuisé (comme le reste de l'œuvre de Joe Matt) est une sorte de compte-rendu minutieux et sans concession de sa vie quotidienne. Pas de super-héros ni d'aventures extraordinaires. Pas de jolies filles ni de vie trépidante. Juste la grisaille déprimante d'une existence morne et solitaire.
Rien de bien excitant a priori, sauf que l'auteur, en digne héritier de Robert Crumb, possède l'extraordinaire talent de trouver à tous les coups le (très) léger décalage qui transforme la banalité quotidienne en petite comédie (dramatique) humaine. Il excelle aussi à croquer ses personnages et à leur offrir ce supplément d'âme, cette épaisseur qui manque si souvent à cet exercice.
Bref, dès les premières pages on se transforme en familier de ce peu reluisant personnage auquel on ne manque pas de s’attacher malgré ses nombreux travers.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 10/11/2007