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Mercredi 23 Mai 2012Livre

 Entretien

Entretien

Claude IZNER

Et ta critique ?




Depuis 2003, Laurence et Liliane publient chez 10-18, sous le pseudonyme de Claude Izner, les aventures de Victor Legris, un libraire parisien de la fin du XIXe siècle. Rendez-vous passage d’enfer, le septième tome de ses aventures, vient de sortir. Rencontre.

Etat-Critique.com - Parlez-moi d’abord de vos parcours à toutes les deux.

Laurence - Je fus une élève studieuse. J’ai passé une licence d’archéologie puis une licence d’anglais. Puis je me suis dit qu’il fallait que je travaille. Liliane, à ce moment-là, avait décidé d’être bouquiniste et je lui ai proposé de nous associer quelque temps. J’ai ensuite fait à mon tour une demande pour être bouquiniste sur les quais de la Seine. J’ai commencé à 21 ans, j’ai eu mes propres boîtes à 24 ans et je suis toujours bouquiniste, 36 ans après. Mon but, c’était d’avoir du temps libre pour pouvoir écrire, à côté du travail "alimentaire".  J’y ai aussi rencontré mon époux, bouquiniste aussi, et nous travaillons ensemble depuis pas mal d’années.

J’ai commencé par écrire deux romans sous mon nom de jeune fille, Laurence Korb. Ils sont parus chez Calmann-Lévy et se nomment Paris Lézarde et Les passants du dimanche. Puis, j’ai arrêté pendant dix ans, j’ai eu deux enfants et Liliane, elle, s’est mise à écrire pour la jeunesse et m’a conseillé d’en faire autant. J’ai déposé un texte chez son éditeur. Ensuite, pendant une douzaine d’années, on a écrit ensemble pour la jeunesse, une vingtaine d’ouvrages, chez Flammarion, Hachette jeunesse…

Au bout de douze ans, on en a eu assez d’être cantonnées dans les ouvrages pour la jeunesse et l’on s'est attaquées aux livres pour adultes. On a alors écrit un polar, Sang dessus dessous, paru chez Viviane Hamy en 1999. Après cela, on a eu un virage dans notre vie, on s’est dit qu’on allait tout changer et l’on a commencé cette série sur la fin du XIXe siècle, sans avoir d’éditeur. Mais on lorgnait déjà du côté de 10-18…

Liliane - Je suis l’aînée. Après l’école communale,  j’ai passé le BEPC et cherché du travail. J’ai été scripte puis monteuse de films, car à l’époque on pouvait le faire sans passer par de nombreuses années d’études à la FEMIS.  Je suis devenue stagiaire sur un film de jean Rouch, La Pyramide humaine et j’ai appris sur le tas avant d’enchaîner pour les films de la Pléiade et un court-métrage de Maurice Pialat, L’Amour existe en 1961, avant un long-métrage de François Reichenbach, Un cœur gros comme ça. Ensuite, j’ai eu la chance d’aller aux Etats-Unis travailler sur la bande-son de Sa majesté des mouches de Peter Brook. Puis j’ai travaillé avec des documentaristes.

Après quelques années, j’ai décidé de me reconvertir, de ne pas devenir une vieille monteuse en pantoufles. J’ai pris une année sabbatique durant laquelle j’ai écrit un livre pour Balland sur les monuments de Paris. Et je suis ensuite devenue bouquiniste car je voulais assurer des revenus réguliers, mais c’est une utopie, car on ne gagne pas sa vie régulièrement sur les quais !



Etat-Critique.com - Et la série avec Victor Legris ? Comment ça s’est passé ?

Laurence - Quand on a commencé cette série, on s’est dit que personne n’allait en vouloir ! On pensait quand même à 10-18.  Après tout, on n’est pas historiennes, on n’a pas de "caution" pour écrire sur cette période. On les a contactés, ils ont été intéressés et nous ont appelées assez rapidement.

Surtout, ça a généré beaucoup de stress, car l’éditeur demande un sacré challenge, il réclame deux romans pour démarrer la série ! Ainsi qu’un troisième, dont la parution est prévue six mois après les deux premiers. Vous imaginez le stress énorme !

Liliane - On ne s’y attendait pas. Au fond, on s’attend toujours plus à l’excès qu’au succès, non ?



Etat-Critique.com - Ce n’est pas difficile d’écrire à quatre mains ? Comment faites-vous ?µ

Laurence - Ca fait trente ans qu’on écrit ensemble, alors… Et le texte est toujours relu et relayé par l’une ou l’autre. On est très complémentaires. Je ne vais pas dire qui fait quoi, c’est une cuisine privée, mais l’une de nous rédige des brouillons  et l’autre retravaille énormément.C’est un va-et-vient permanent de nos textes. Liliane est perfectionniste !

Liliane - Elle écrit, je corrige, je réécris, je rajoute, elle rajoute… Et puis, c’est LE détail qui fait que ça devient plausible. On se lit aussi beaucoup les textes à voix haute, notamment les dialogues.



Etat-Critique.com - Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme, Claude Izner ?

Laurence - Izner, c’est le nom de jeune fille de notre mère et Claude, le deuxième prénom de Liliane. Et dans Claude, il y a aussi la première syllabe de Laurence !



Etat-Critique.com - Pourquoi avoir choisi cette époque, la  fin du XIX e siècle à Paris ?

Liliane - Parce que c’est une époque que l’on connaît bien et qui nous passionne. Ces dernières années avant 1900, cette fin de siècle, tout est là, en gestation. C’est très intéressant. L’automobile, la médecine moderne, la politique bouge avec la lutte des classes… La liberté des mœurs, le nombre de journaux, la liberté d’expression, bref c’est une époque qui nous parle, qu’on trouve passionnante. Et avec plein de ressemblances avec la nôtre. La IIIe et la Ve République se ressemblent beaucoup.

Laurence - Et la criminalistique n’existe pas !  Il n’y a pas encore les empreintes digitales et la dactyloscopie, ce qui permet un cheminement de l’intrigue à la Sherlock Holmes. Mais bon, on n’est pas historiennes ni des spécialistes de l’art, mais s’amuse follement !



Et le lecteur aussi. D’ailleurs, le prochain tome va paraître en mars 2009 et se passera à la Butte-aux-Cailles. Encore un peu de patience…


Propos recueillis par Marie Léon

© Etat-critique.com - 06/06/2008