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Mercredi 23 Mai 2012Cinéma

 Entre les murs

Entre les murs

Laurent CANTET

Avec François Begaudeau, Esmeralda Ouertani, Franck Keita et Rachel Regulier – haut et Court – 24 septembre 2008 – 2h05

Et ta critique ?




Après les ressources humaines, Laurent Cantet s’intéresse aux ressources verbales. Chronique scolaire, constat aigre, réflexion à propos du langage, Entre les murs évite les clichés du film dossier et se révèle être une belle leçon.


La première vérité du film de Laurent Cantet, c’est le professeur. Ce n’est pas Robin Williams qui apprend la révolte à ses élèves. Ce n’est pas Patrick Bruel qui fait craquer les filles. Ce n’est pas une figure rigide. Ce n’est un type qui a réponse à tout.

François Bégaudeau, auteur du livre qui a inspiré le film, ne joue pas le professeur. Il a été enseignant. Il connaît et donne à voir les hésitations, les relâchements et les erreurs d’un prof face à une vingtaine d’élèves, souvent indisciplinés mais pas irrécupérables.

C’est la seconde vérité du film. Un élève ce n’est pas une machine à apprendre bêtement ses leçons. Ce n’est pas un être à polir, à réprimander ou à punir. Les élèves de François utilisent les mots et surtout les insultes d’aujourd’hui. Ils font vivre leur lycée de ZEP. Ils sont un peu effrayants mais on devine aussi une curiosité derrière leurs grands airs.

Entre les murs n’apporte pas de solution au problème vaste et complexe de l’éducation. Il observe juste de ce dialogue de sourd mais réel entre les adultes et les jeunes, entre le corps enseignant et les collégiens.

François n’est pas le pilier solide sur lequel va se construire l’apprenti paumé mais courageux. Cette grande tige se plante et commet des erreurs, parfois graves. Il partage cela avec ses élèves. Ensemble ils ont à partager des responsabilités, des droits et des devoirs.

Le collège est un exemple de démocratie. C’est ce qui apparaît dans les rapports musclés du maître avec les adolescents. C’est un dialogue, dense, piégé, drôle ou violent mais il existe. Il est difficile et rassurant. Ce qui se transmet dépasse parfois le savoir des livres, mais la richesse apparaît là où n’est pas forcément.

Le film ne fait pas l’éloge de l’école ou ne promeut pas la réforme. Il constate qu’il y a des victoires tous les jours malgré les orgueils et les fautes des deux cotés. Lorsque le cinéaste penche vers un constat désespérant, il y a toujours une petite joie qui redonne du courage et de l’envie.

Enfermé dans le collège, la fiction oscille entre docu et fiction et permet de sentir la rudesse de l’école, ses codes, ses forces et ses faiblesses. Elles sont bien souvent déconcertantes mais deviennent un beau sujet de cinéma d’une densité rare. On n’a pas vraiment envie de retourner à l’école mais on nous propose d’y réfléchir. Un film comme cela mérite au moins les encouragements !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 26/09/2008