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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 En atendant

En atendant

Anna Teresa DE KEERSMAECKER

du 29 janvier au 06 février 2011 Théâtre de la Ville - 75004 Paris

Et ta critique ?




 

Anne Teresa de Keersmaeker et sa compagnie Rosas sont de retour au Théâtre de la Ville avec En atendant, une nouvelle création, déjà présentée à Avignon en juillet 2010.

 

Si le titre du spectacle semble, à un premier abord, contenir une faute de français, ce doute intrigue le spectateur. Après le merveilleux 3 Abschiedprésenté au Théâtre de la Ville avec Jérôme Bel en 2010, spectacle qui déconstruisait le processus de création à travers un Lied de Mahler, on était curieux de connaître le période de l’histoire de la musique à laquelle Anne Teresa de Keersmaeker avait choisi de se confronter pour sa nouvelle création.

 

On le découvre très rapidement, cette fois, le pari de la relation corps-musique, pour De Keersmaeker,  est l’Art Subtilior, de la fin du Moyen-Âge (XIVème siècle) : une douceur extrême qui cache une sophistication structurale extraordinaire et des dissonances entièrement expérimentales.

Les huit danseurs de la compagnie Rosas rendent visible cette complexité musicale en prenant les rythmes à contre-pied, en jouant sur la divergence entre la douceur et la fluidité des mélodies et les viscosités des mouvements. Rien n’est simple, rien ne coule aisément. Tout est effort, scission, coupures infinies, rares moments d’unité, toujours interrompus par des dissociations, des prises de risque dans les mises en espace des corps, des éloignements et des rapprochements soudains entre les danseurs.

« En attendant, il me faut endurer de pénibles tourments / Et vivre languissant […] ». Ainsi commence le poème chanté par une voix féminine et mis en musique par une flûte traversière et une vièle. Le chant est répété inlassablement par les musiciens, et joué jusqu’à l’épuisement - le même épuisement du souffle continu de la flûte du début du spectacle – des huit danseurs. Leur mise en relation expose toutes les subtilités de la musique, ainsi que la multitude des possibilités visuelles de la danse : une gestualité saccadée, toujours à la recherche de l’autre, toujours dans une exploration passionnante de l’espace, des liaisons entre les corps, de leur visibilité (les changements, les petites modifications des costumes, les moments de déshabillage), des correspondances avec les sons et les silences.

 

 

 

Avec En Atendant, la danse contemporaine d’Anne Teresa de Keersmaeker, ses mouvements à la fois secs et élastiques, explore, petit à petit, toute la densité de la poésie médiévale et démêle la multiplicité expressive des corps sur scène.

 

http://www.theatredelaville-paris.com/


Gloria Morano

© Etat-critique.com - 08/02/2011