Un roman choral où les solitudes s’accumulent et où le rire se tempère de gravité. Ca sent le cousu main, la bonne finition, le travail d’orfèvre.
Mark Watson a à peine dépassé la trentaine. Il est assez connu au Royaume-Uni parce qu’il est comédien, anime des émissions radio et surtout il est l’auteur de one-man-shows qui ont beaucoup de succès.
Imaginez en France, Franck Dubosc ou Tomer Sisley écrire un roman drôle, désespéré et profond. Rien que l’idée prête à rire. Pour une fois ici, le bandeau publicitaire permet de se faire une bonne idée du projet : soit la rencontre inattendue de Woddy Allen et William Boyd.
Notre vie est reliée par une suite de hasards à celle des autres. Quand nous choisissons d’agir de telle ou telle manière, notre action se répercute sur la vie de personnes que nous ne connaissons pas mais que nous pouvons rencontrer.
Voilà le point de départ d’une toile d’araignée dont le cœur finit par constituer ce roman. On part du personnage de Xavier Ireland, on s’attarde sur d’autres personnages et l’on revient sur Xavier Ireland.
Mark Watson a le talent de la narration, qui rend le lecteur captif et donne envie de connaître la suite et de tourner page après page.
Certes, le roman est écrit au présent de la narration, ce qui ne permet pas de jolis effets de style et nous place dan l’immédiateté. Nous n’avons pas affaire à un styliste (laissons cela aux petits marquis français trop poudrés), nous avons affaire à un raconteur, quelqu’un qui sait exactement où placer un passage pour qu’il fasse effet sur le lecteur.
Xavier Ireland est animateur radio de nuit. Il conseille les âmes chagrines et solitaires. Jadis, Xavier s’appelait Chris et vivait en Australie où demeure enfoui un lourd secret. Aujourd’hui Xavier aide les autres mais se tient perpétuellement en retrait de sa vie. Il ne veut ni intervenir ni s’investir.
Ce roman raconte le temps qu’il faudra à Xavier pour réapprendre à aller vers les autres et les bons et mauvais côtés de l’interaction. A ce titre, l’histoire qui se nous entre Xavier et une jeune femme de ménage énergique et la langue bien pendue, est exemplaire. Elle indique qu’il faut accepter l’inattendu, l’imprévisible fondamental de l’existence.
Voilà donc un roman sympa, agréable à lire pendant vos vacances et bien plus profond qu’il n’en a l’air.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 05/08/2011