Avec John Hurt, Anthony Hopkins, Anne Bancroft et John Gielgud – 1980 - Brooksfilm
Et ta critique ?
Chef d’œuvre à l’onirisme noir, Elephant Man confirmait tout le bien que l’on pensait du jeune artiste David Lynch.
Le futur réalisateur de Sailor et Lula produit par le réalisateur de La folle histoire de l’espace, voilà une collaboration pour le moins saugrenue. Mais l’association a donné un résultat qui ne peut que s’imprimer durablement sur la rétine.
Parce qu’il est l’initiateur complet de ses pitreries, Mel Brooks a du laisser tranquille le jeune réalisateur d’Eraserhead. Impressionné par ce film au noir et blanc flamboyant, Brooks s’est même fait tout petit pour pas que l’on se trompe sur la marchandise : cette production Mel Brooks n’est pas une comédie.
C’est un drame. Un vrai. Tellement cruel que Lynch va volontiers le rendre irréel avec une ouverture poétique, nous plongeant dans l’ambiance glauque de l’ère victorienne. Un jeune cinéaste qui connait aussi bien le film culte Freaks et les œuvres gothiques du cinéma anglais ne pouvait pas inquiéter un passionné de vieux cinéma fantastique comme Mel Brooks.
En prenant le directeur de la photographie de la Hammer, Freddie Francis, David Lynch permet avec le noir et blanc de donner de la distance essentielle à la vie calamiteuse de John Merrick plus connu sous le nom d’Elephant Man.
Maltraité dans un cirque, cet homme fut pris sous l’aile d’un médecin qui a découvert que cet homme souffrait d’une forme dure de neurofibromatose. Mais cela n’a peut d’intérêt dans une société peu éduquée et enfermée dans une bestialité impressionnante.
La dignité et le respect sont l’enjeu de ce film difficile mais d’une beauté poignante. C’est finalement une version arty d’ET de Spielberg. On aimait visiblement beaucoup nous faire pleurer au début des années 80.
Cependant Lynch a l’art de glisser des idées lumineuses dans un classicisme d’apparence austère. Si le destin pathétique de Merrick est forcément touchant, ce que fait Lynch de la vie de cet être martyrisé est d’un humanisme vibrant. Comme Tim Burton un peu plus tard, le monstre chez Lynch n’est jamais celui que l’on croit.
Les monstruosités ont toujours intéressé Lynch et il réussit ici son film le plus tendre, le plus fou tout en étant le moins digressif. C’est un souvenir de cinéma indéfectible. Une œuvre fixe sur laquelle n’importe qui peut s’appuyer.
Phrase culte: Je ne suis pas un animal, je suis un être humain!