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Vendredi 18 Avril 2014Livre

 Eldorado

Eldorado

Laurent GAUDé

Actes Sud - 238 pages

Et ta critique ?




Quatrième roman de Laurent Gaudé sur un thème crucial de notre époque : l’émigration clandestine. Malheureusement, le lauréat du prix Goncourt 2004 déçoit par un traitement un peu superficiel.


Cris en 2001 pour se faire les dents, La mort du roi Tsongor l’année suivante pour se faire remarquer et Le soleil des Scorta en 2004 pour décrocher le prix Goncourt : le moins que l’on puisse dire, c’est que le parcours du romancier Laurent Gaudé ressemble à s’y méprendre à celui d’un surdoué. D’autant que le jeune homme (il est né en 1972) mène en parallèle une belle carrière de dramaturge avec déjà huit pièces à son actif ! Rien d’étonnant donc à ce que l’éditeur d’Arles bichonne son petit protégé et lui offre sur un plateau la rentrée littéraire 2006.

Las, l’Eldorado à la couverture turquoise (agissant comme un irrésistible aimant sur les lecteurs tout juste rentrés de leurs vacances balnéaires) qui orne les présentoirs des librairies n’est pas à la hauteur de ses devanciers et laisse derrière lui comme un arrière-goût d’inachevé. Ou plutôt de trop vite achevé…

Le thème abordé par Laurent Gaudé est pourtant parmi les plus cruciaux de notre époque : l’émigration clandestine. Cette émigration que le capitaine Piracci tente d’endiguer depuis plus de vingt ans aux commandes du Vittoria, son navire de la marine italienne patrouillant au large de la Sicile. Sa mission : intercepter les embarcations dans lesquelles s’entassent par dizaines des miséreux qui tentent d’échapper à leur absence d’avenir en gagnant l’Eldorado occidental, la citadelle européenne synonyme de vie décente et de retour au pays, riches et glorieux.

Pour mieux nous faire appréhender l’enjeu de cette quête désespérée, l’auteur multiplie les points de vue. Celui de l’occidental compatissant, mais inflexible dans sa "chasse" aux clandestins, celui de Jamal et Soleiman, deux candidats au grand voyage qui doit les mener du Soudan au "paradis", celui de Boubakar le "boiteux" qui erre depuis sept ans entre Libye, Algérie et Maroc à la recherche d’un moyen de passer de l’autre côté de la Méditerranée…

Et, comme s’il doutait que tous ses efforts suffisent à nous convaincre du drame humain de ces hommes et femmes désespérés de tant de misère, il abat son joker, son idée folle : celle d’un occidental dont la culpabilité est telle qu’il décide, dans une sorte de défi rédempteur, d’entreprendre le voyage inverse qui le mènera, à bord d’un pauvre rafiot, jusque sur les côtes libyennes où il s’échouera aussi démuni que les clandestins qui tentent le parcours inverse.

Malheureusement, cette "originalité" ne suffit pas à sauver un roman dont on regrette qu’il survole si rapidement un sujet pourtant plein de sens et d’intérêt. S’il n’est pas dénué d’émotion, on le sent rédigé avec une certaine hâte et un manque de travail sur l’écriture qui était jusqu’alors la marque de fabrique de Laurent Gaudé. Vite écrit, vite lu, vite oublié… Cet auteur et ce sujet auraient mérité mieux.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 16/07/2007