Le duo d’Akron, Ohio se surpasse en revenant au blues rock garage et sans chichis de leurs débuts, avec tout le savoir-faire dans l’écriture qu’ils ont accumulé en chemin. Jouissif.
Quand il a appris que le dernier Black Keys allait s’appeler "El Camino", l’illustrateur du groupe et frère du guitariste Dan Auerbach a eu l’idée de faire apparaître sur la pochette ce van Chrysler ultra-vintage. C’est exactement dans une de ces camionnettes que le duo a commencé à tourner au début des années 2000. Et c’est à l’esprit plus brut de décoffrage des premiers albums que Dan Auerbach et Pat Carney sont revenus avec ce dernier opus. Au début du camino.
Bon, bien sûr ils ne roulent plus en Chrysler Grand Voyager sans clim’, et ils n’enregistrent pas leur blues-rock enflammé sur un quatre pistes, comme ils l’avaient fait pour le géant "Thickfreakness" (2003) ou dans une usine de pneus désaffectée ("Rubber Factory", 2004). Non, depuis ils ont connu le succès d’abord d’estime, puis national avec le tube Tighten Up l’année dernière.
Ils ont déménagé d’Akron, la ville du pneu et patrie de Devo, de Chrissie Hynde ou de Jim Jarmusch (quand même). Mais, lassés de ne pouvoir jouer correctement sur scène les morceaux de leurs deux derniers albums, plus produits, ils sont revenus à la base. Guitares bien crades, riffs qui tuent, vieux orgues qui semblent sortis d’un vide grenier quelque part entre le blues des origines et le garage rock si caractéristique de leur Midwest postindustriel.
Dan était fan de blues et partait en virée dans le Mississippi écouter Junior Kimbrough, légende vivante du Hill Country, dernier des Mohicans et poussera la révérence à ce maître jusqu’à lui consacrer un EP de reprises.
Son voisin Pat, batteur de son état, aimait les Stooges, les Cramps et T-Rex. Comme ils ne trouvaient pas d’autres musiciens, ils ont enregistré comme ça , guitare batterie, et depuis on ne cesse de les associer aux White Stripes. Même région, même noms de couleurs, même attirance pour le blues, même déménagement à Nashville. Ce qui les bassine, et on les comprend.
Mais les Black Keys ne sont pas des sex symbols, ils essaient juste de faire de la bonne musique. Et y arrivent sacrément bien. Beaucoup moins démonstratifs que Jack et Meg, beaucoup plus puristes, plus rudes, plus près de l’os.
"El Camino" est tellement bien foutu qu’on dirait un Greatest Hits. Chaque titre pourrait sortir en single : Lonely Boy ou Run Right Back et leurs riffs imparables et graisseux, Little Black Submarines qui lorgne du côté de Led Zep, Sister ou Nova Baby au rayon groove. Ca swingue, c’est basique, c’est du rock’n roll à l’ancienne mâtiné de soul. Mais cela n’a rien de passéiste. Les Black Keys ne sont pas Sharon Jones.
Leurs productions sont modernes car elles empilent le meilleur de toutes les décennies, des années 20 à nos jours, sans jamais songer à reproduire le son à la lampe d’ampli près. Leur musique s’accorde à leur pochette : basique mais vintage et très recherchée. Danger Mouse, producteur très prolifique et moitié de Gnarls Barkley, est toujours aux curseurs, mais s’est totalement fondu dans la musique basique du duo, au service des mélodies et du formidable songwriting qui anime ce disque. Qui soi-dit en passant est sans doute le meilleur des Black Keys.
Un petit tour de 38 minutes en Chrysler Voyageur s’impose.