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Mercredi 23 Mai 2012Art-scène

 Effroyables jardins

Effroyables jardins

Michel QUINT

Théâtre du Petit Saint-Martin 17, rue René Boulanger - 75010 Paris M° Strasbourg Saint-Denis ou République du 5 avril au 28 mai 2011

Et ta critique ?




Effroyables jardins, le roman de Michel Quint est joué à Paris. A écouter et à redécouvrir pour la beauté du texte et le sens de l’engagement.


Effroyables jardins est connu du grand public grâce à l’adaptation cinématographique de Jean Becker. L’adaptation théâtrale mise en scène par Márcia de Castro et habilement jouée par André Salzet repose essentiellement sur l’écriture de Michel Quint. Le cinéma s’appuie sur une image et des têtes d’affiche – Jacques Villeret, Thierry Lhermitte, André Dussolier-, ce morceau de théâtre vient rendre un hommage littéraire au texte en se soumettant à la plume de l’auteur.

Avec une mise en scène épurée, un tabouret, un banc et une valise, André Salzet présente le texte dans un monologue d’une heure 20, sans aucun temps mort. La diction et le jeu un peu tendus au départ finissent par prendre leur envol et laissent au spectateur le loisir de redécouvrir un texte sur les lâchetés humaines, la dignité et le sens de la vérité. Tout cela durant la Seconde guerre mondiale.

Le spectacle s’articule en trois temps. Un temps durant lequel le narrateur nous confie au travers de ses yeux d’enfant son désamour et cette honte pour Jacques, ce père instituteur jouant le clown régulièrement avec un sentiment christique. On savoure alors la narration et la description des sentiments enfantins. Ces sentiments connus de tous. Ces préjugés naïfs sur le monde des adultes qui provoquent parfois à tort des sentiments de honte vis-à-vis des parents. De jolis moments d’humour s’en dégagent comme ce passage durant lequel le narrateur explique que son père l’emmenait dans sa voiture Dyna Panhard jaune sur des sièges en tissu zébré ( une voiture de clown) parce qu’il était moche et donc assorti à la voiture.

Le deuxième temps durant lequel André Salzet prend l’apparence du personnage Gaston est le temps fort de l’histoire. C’est le temps de la révélation du secret des adultes, du secret de famille. Les personnages dévoilent toute leur complexité mais aussi leur humanisme dans une situation d’extrême limite. Prisonniers des « frisés », ils sont sur le point d’être exécutés. Enfin, le dernier temps nous montre comment le narrateur poursuit à sa manière le combat de son père pour la vérité et la mémoire.

Cette efficace adaptation est à découvrir. Touchante et menée avec un juste équilibre de tendresse et de cruauté, l’écriture de Michel Quint montre qu’au bout du chemin de belles surprises restent à venir entre pardon et don de soi. « Sans vérité il n’y a pas d’espoir ».


Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 30/04/2011