Coup d’essai, coup de maître, les jeunes éditions Zanzibar publient un roman d’une simplicité qui touche au coeur.
Bill Morrissey est un chanteur folk qui a sorti une dizaine d’albums depuis plus de 15 ans. Discret, ombrageux, il est apprécié des connaisseurs mais ne fait rien pour élargir son cercle d’admirateurs.
Son premier roman Edson qui paraît aujourd’hui date de 1996. Il était sorti aux Etats-Unis mais Morrissey mécontent de l’édition avait racheté les exemplaires pour qu’ils soient retirés de la vente.
Edson est le nom de cette ville du New Hampshire dans laquelle réside Henri Corvine, un chanteur de folk qui a sorti deux albums, a eu une certaine renommée mais dont l’étoile a pali parce qu’il n’a pas voulu jouer le jeu imposé par sa maison de disque. Du coup, un peu oublié par tout le monde, Henri gagne sa vie en péchant en Alaska. Il accumule de l’argent, et dès qu’il en manque, il cherche un nouveau petit boulot.
Henri ne joue plus de guitare. En quelque sorte, il a perdu l’énergie qui pousse à avancer, malgré les obstacles. Ce roman est celui d’une renaissance. La narration est partagée entre Henri et Caroline, une jeune femme native d’Edson et qui découvre que son voisin (Henri) est en fait un artiste dont elle apprécie l’œuvre.
Ce qui est formidable dans ce roman, c’est sa narration à plat, qui reprend un style hérité d’Hemingway pour décrire la réalité. Il n’y a ni emphase ni trémolo et pourtant une émotion profonde finit par irradier le livre. A l’image de ces personnages qui ne la ramènent jamais mais dont la profondeur est réelle.
On sort de cette lecture avec l’impression d’avoir accompli un périple en compagnie d’inconnus qui sont devenus des amis. On reconnaît dans leurs parcours, les mêmes zigzags que dans nos propres destins.
Ajoutons que ce roman parle aussi des villes fantômes et des délocalisations sauvages, juste dix ans avant tout le monde
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 16/02/2010