Paroles ciselées et musique fluide, Alain Souchon revient aux fondamentaux : les complaintes chaloupées d’un déçu qui ne désespère jamais totalement.
Alain Souchon a 64 ans et plus grand chose à prouver. Il doit être apprécié de tout français âgé de 7 à 77 ans. On l’aime pour sa mélancolie et sa tendresse, son humour et son sens des mélodies simples que l’on reconnaît immédiatement et que l’on sifflote ensuite jour après jour.
L’homme est sympathique en bloc : pour ses engagements, pour son ironie, pour l’espèce de mousse synthétique qui gravite autour de son crâne et a remplacé la folle toison de sa trentaine. Il a commencé à chanter et à percer au milieu des années 70 et il est toujours là, traversant le temps avec l’entrain et la nonchalance d’un Charles Trénet contemporain.
Tout cela, nous le savons et pourtant, depuis quelques années, les disques qu’il faisait, nous touchaient moins. Etait-ce la faute d’arrangements trop recherchés, pas assez immédiats ? Ou bien faut-il avouer qu’au-delà des turlutu-tubes, les collections de chansons étaient franchement inégales… Dans l’album précédents, deux chansons magnifiques surnageaient d’un océan de qualité française aussi excitant qu’une intégrale Adamo.
On avait perdu en route le longiligne troubadour avec des mélodies qui nous collaient au cœur et au cœur, l’auteur d’Allo maman bobo mais aussi et surtout du Dégoût et de Foule sentimentale.
Or, par miracle, il ressurgit dans Ecoutez d’où ma peine vient, qui vient de sortir. Un album dont aucune chanson ne recèle la perle qu’on entendra tourner en boucle sur les ondes mais où les onze titres s’entendent et se savourent avec un égal bonheur.
Et cette résurrection nous laisse baba. D’abord, parce qu’on ne l’attendait plus et ensuite, parce qu’on se rend compte que l’Alain Souchon d’origine nous a bien manqué. Quel bien cela fait de le retrouver en éternel vieux jeune homme, nous qui perdons chaque jour un peu plus d’entrain, de fraicheur.
Ce qui est drôle, c’est qu’il s’est fait aider de Pierre, son fils ou de David Mac Neil, son ami. Le double Voulzy n’apparaît qu’au onzième titre, bonus caché. En son absence, Souchon est allé puiser dans ses réserves et s’est retrouvé. Sans y toucher et comme par hasard.
Ce qui est drôle, mais pas tant que ça, c'est qu’on a envie d’arrêter ce que l’on est en train de faire pour écouter ces chansons que ne cessent de se bonifier, une fois après s’être lovées dans notre pavillon auditif pour prendre leurs aises.
Ce qui est drôle enfin, c’est qu’on n’a pas envie de vous parler de cet album, achetez-le et écoutez-le. Vous serez alors bercés par une tristesse sereine et un sourire entre joie et peine fleurira sur vos lèvres.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 08/12/2008