Echappées nordiques au Palais des Beaux-arts de Lille : une exposition magnifique et empreinte d’une douceur agréable et nostalgique.
Au sortir de la guerre de 1870, de nombreux peintres scandinaves sont venus en France à la rencontre des peintres français et à la recherche de nouveaux paysages à explorer, loin d’une Scandinavie que l’on imagine volontiers comme une terre froide et rude, comme un lieu où la nuit de l’hiver dure des mois et où le froid sec et glacial vous contraint à vous engoncer dans des vêtements chauds, un lieu où la moindre sortie relève de l’expédition polaire.
Echappées nordiques ne présente pas uniquement des paysages scandinaves, mais propose également un regard nordique sur nos contrées. L’exposition montre en effet les œuvres réalisées en France ainsi que les peintures du retour au pays (jusqu’en 1914), des toiles qui célèbrent et magnifient les paysages ruraux de la Scandinavie (Norvège, Suède, Danemark, voire Finlande).
Les maîtres scandinaves sont de retour chez eux à partir de 1890, et leur regard est enrichi à la fois des nouveaux espaces qu’ils ont découverts en France et de leur rencontre fructueuse avec les peintres français. Ils élaborent alors le plein-airisme, une peinture où la lumière naturelle est au centre de l’œuvre et qui est un juste équilibre entre naturalisme et impressionnisme.
Entre scènes rurales et intérieurs cossus, les peintres soulignent le lien étroit entre la maison et l’extérieur, ils suggèrent comme il est doux de profiter d’un soleil patiemment attendu et farouchement désiré. Ainsi, la femme et la fillette d’Intérieur de Georg Nicolaj (qui sert d’affiche à l’exposition) semblent irrésistiblement attirées par la lumière blanche et éclatante qui rayonne au dehors et qui se reflète à l’intérieur sur les cadres accrochés au mur ; le soleil se réfléchit aussi avec un étonnant réalisme sur l’eau glacée de cette Vieille fabrique sur la neige en Norvège de Frits Thaulow.
Les peintres scandinaves ne se focalisent pas sur les paysages, ils aiment aussi représenter les hommes, que ce soit les bourgeois dans leurs intérieurs confortables, les hommes au travail (le célébrissime portrait de Louis Pasteur, l’éprouvette à la main, d’Albert Edelfelt) ou les jolies paysannes (La petite glaneuse de Hugo Salmson). Ces peintres excellent dans la restitution des scènes de vie, et de mort (La maison mortuaire de Gustaf Theodor Wallén, Un enterrement en Normandie d’August Hagborg…).
Qu’ils peignent des scènes campagnardes ou qu’ils représentent des intérieurs confortables, les maîtres scandinaves semblent profondément attachés à montrer la vie quotidienne de leurs contemporains et à être des témoins réalistes et bienveillants de leur temps.
Il se dégage une tranquillité à la fois mélancolique et réconfortante de ces œuvres restituant, dans un réalisme saisissant, l’exotisme rassurant de contrées fantasmées. Les scènes représentées exacerbent la sensibilité du spectateur et lui donnent envie de prolonger cette parenthèse tranquille.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 25/10/2008