Avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Ron Perlman et Albert Brooks - Le pacte - 5 octobre 2011 - 1h37
Et ta critique ?
Dépouillé à l'extrême, Drive impose un blues des villes irrésistible et joue avec de nombreuses légendes américaines. Not fast not furious. Just good!
Un héros mutique. Un de plus. Un type pas loin de l'autisme. Il aime l'isolement et s'enferme dans son rôle de chauffeur et de cascadeur. Un roi de la route avec une gueule d'ange. Ryan Gosling n'a pas de mal à trouver le même regard magnétique et mélancolique d'un Clint Eastwood.
Hollywood. L'intrigue se passe à Los Angeles. Il y a dix ans, David Lynch célèbrait les anges et les démons de la ville avec son bizarre Mullholland Drive. Une fois encore, un cinéaste virtuose (il faut voir Bronson et Le guerrier silencieux) filme la mégapole avec une originalité affolante, qui transforme la ville en labyrinthe abstrait, nocturne et hypnotique. C'est ici que va se perdre notre chauffeur...
Les bagnoles. Elles sont la fierté de l'Amérique. Ces dernières ont aidé les Américains à conquérir leur pays et aussi le Monde. Un héros américain n'est rien sans sa voiture. Une fois encore on pense à Eastwood dernièrement avec son fameux Gran Torino.
La famille. Le héros vient en aide à une petite famille prise entre les griffes de la mafia. Tout l'enjeu du récit et le salut du héros se concentrent ici. Connaissant le milieu, le froid chauffeur va devoir griller la priorité à tout un paquet de types pas recommandables du tout...
En quelques minutes, le cinéaste danois convoque dans son nouveau film de nombreux mythes made in USA et les essuie avec délicatesse et une mise en scène séche à l'extrême.
Michael Collateral Mann à coté, il fait du Michael Transformers Bay. Le Danois investit la ville avec un sens de l'image absorbant et un sens du découpage assez rare. Une image, une idée! Son film revisite avec un dépouillement salvateur tous les contrées hollywoodiennes.
Les stéréotypes ne sont plus lourds. Le héros si discret devient iconique. La violence de Los Angeles est plus qu'une esthétique. Comme dans ses films précédents, Nicolas Winding Refn explore les zones d'ombre avec un maestria incroyable.
Drive est plus proche de la leçon de cinéma que de la leçon de conduite. Il y a bien sûr un intérêt certain du réalisateur pour les années 80 et ses polars redoutables dont Police Fédérale Los Angeles. Cependant en jouant sur l'épure totale, il esquisse des émotions qui nous frappent de plein fouet.
Le réalisateur de la trilogie Pusher regonfle les poncifs américains et sa grande mythologie qui pourraient être ici que du bluff... Car il chronique aussi une société déshumanisée comme dans tous ses autres films. Haletant, Drive sera évidemment dans tous les top de fin d'année mais a de fortes chances de rester dans un grand nombre de mémoires!