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Mercredi 23 Mai 2012Musique

 Dream of life

Dream of life

Patti SMITH et Steven SEBRING

(Medici - 2008)

Et ta critique ?




Sélection du Festival de Berlin et du Sundance Film Festival 2007, Dream of life est un fidèle prolongement de la pensée de Patti Smith. Une provocation entrelacée de mots et d'images dans un rêve de vie et de liberté.


Sebring la rencontre en 1995 pour une séance photo. Puis après un concert, au culot, Sebring lui demande si on l’a déjà filmée. Après plusieurs tentatives, Patti accepte. C’est le début du projet. Dream of life, du nom d'un des ses albums est tourné en 16 millimètres. Malgré 100 000 dollars de dettes au bout de quatre ans, Sebring persiste et endure dans des conditions difficiles, et ce,durant onze ans.

Les liens se tissent, Sebring compare leur proximité à celle d’un frère et d’une sœur. Les images sont là. Le lien manque. Sebring lui propose alors de parler en toute liberté et toute intimité dans sa chambre pendant qu’il la filme. Voilà le fil conducteur. Patti parle avec son esprit provocateur, complexe et accessible. La narration en voix off de Patti Smith guidera tout le film.

Le film n’est pas un documentaire classique à proprement dit. Très peu de films existent sur Patti Smith. Au début du tournage, Patti Smith vient de perdre son mari, Fred « Sonic » Smith. Quand Sebring reprend le projet plus tard, les parents de Patti ont disparu. Les compagnons marquants du début comme Richard Sohl, Robert Mapplethorpe également. C’est donc souvent seule qu’elle paraît affronter son destin, marquée par la disparition des êtres chers, même si on la voit entourée de musiciens. Le regard des autres sur l’icône est quasiment absent.

Seuls les parents émettent quelques avis dans une séquence où s’affrontent deux cultures et deux espaces-temps. Patti mène la pellicule et joue le jeu du sujet filmé. Une pellicule intime plus qu’un reportage musical en soi. Une introspection. Le film s’ouvre sur l’image de chevaux en hommage à Horses, premier album de La légende. Parmi les 109 minutes, d’émouvantes images défilent en contre-point des commentaires de Patti. Le passage du poème d’Alan Ginsberg accompagné par Philip Glass au piano. Les références à Burroughs au début de sa carrière, à Rimbaud –«  Une saison en enfer »- et William Blake en fin de film. Une vertigineuse verticalité.

Poétesse et militante. Terrible passage également que cette adresse à W. Bush ponctuée d’une image flash de Patti crachant. Une gifle. Un « J’accuse » :

« - Lorsque dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l’ont attaché à un autre et de prendre parmi les puissances de la terre la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation.

Nous tenons pour évidentes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux. Ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Pour garantir ces droits, les gouvernements sont établis parmi les hommes et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraitront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur.

Mais en présence d’une longue suite d’abus, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement. Il a suspendu les droits des citoyens américains aux libertés civiques fondamentales, il a oublié que les Etats-Unis étaient fondés sur le postulat de la séparation de l’église et de l’état. Nous…Nous accusons George W.Bush d’avoir sali le nom de notre pays !

D’avoir mis en avant la liberté pour justifier la tyrannie. D’avoir truqué les élections. D’avoir dilapidé un énorme excédent fédéral tout en accordant des baisses d’impôts aux riches. D’avoir délaissé les pauvres. D’avoir fait fi des accords nationaux et internationaux de protection de l’environnement. D’avoir abandonné l’Alaska aux compagnies pétrolières. D’avoir abandonné la Nouvelle-Orléans. D’avoir empêché les détenus de bénéficier d’un procès avec jury. D’avoir créé des prisons secrètes en territoire étranger. D’avoir autorisé des écoutes et des surveillances illégales. D’avoir mené une guerre en se basant sur des mensonges ! Nous t’accusons George W.Bush ! » Patti crache.


Patti gueule sur scène et dans la rue. « Radio Baghdâd », la chanson, est d’actualité. Patti manifeste contre l’engagement en Irak. Photo de la mosquée d’Or à l’appui. Elle revendique le droit d’être en dehors de la société et de le gueuler comme elle revendique le droit d’être libre et heureux.  « Nous avons tous une voix et il est de notre responsabilité de la faire entendre ».

Tout est sacré. Tout est important. La source de créativité est partout et nulle part. Comparée à une prophétesse du rock, Patti Smith vibre et s’ancre dans l’Histoire et la vie. Admise au Rock and Roll Hall of Fame en 2007, Patti se laisse porter par le rêve et les rencontres, en n’oubliant jamais son Fred « Il n’est point mort, il ne dort point, il s’est éveillé du rêve de la vie » conclut Patti Smith.

Le film est culte, pas de doute. Un objet artistique et poétique à voir et revoir pour approcher une artiste incontournable.

DVD sorti chez Medici et en téléchargement



Sébastien Mounié

© Etat-critique.com - 26/10/2008