Jazz et bluesy, c'est le son estival d'Etat Critique. Périodiquement, d’anciennes gloires depuis longtemps oubliées refont surface. En 2002, ce fut le tour de Solomon Burke. Solomon qui ? Et si je vous dit Everybody needs somebody to love ? Voilà, vous y êtes !
Agé de 65 ans en 2002 et depuis longtemps retiré du circuit au profit d’une activité, semble-t-il florissante, de prêcheur professionnel, le Révérend Burke fait un retour tonitruant sur la scène soul avec un album somptueux, le bien nommé Don’t give up on me (Ne me laisse pas tomber).
Et d’emblée, une évidence s’impose. Cet album est à la production discographique courante ce que la haute couture est au prêt-à-porter : une vitrine luxueuse de la créativité et du savoir-faire d’artistes de génie. Artistes au pluriel puisque les plus grands songwriters contemporains se sont attelés à la tâche pour offrir le meilleur au roi Solomon : Van Morisson, Bob Dylan, Brian Wilson, Elvis Costello ou Tom Waits (sans parler de Daniel Lanois à la guitare ou de Joe Henry à la production). Excusez du peu ! Le tout enregistré et mixé en 3 jours, dans des conditions proches du live. Talent, quand tu nous tiens…
Casting éblouissant donc, pour un résultat qui ne l’est pas moins. Véritable mine (du roi Solomon, évidemment) de diamants purs, cet album regorge de chansons étourdissantes dans lesquelles se mêlent subtilement la voix chaude et soul de Solomon Burke et la patte reconnaissable entre toutes de chacun de ses auteurs. Impossible de ne pas apercevoir Tom Waits derrière Diamond in your mind. Impossible de ne pas entendre Elvis Costello sur les harmonies délicates de The judgement. Impossible de ne pas reconnaître Brian Wilson sur Soul searchin’ (et non pas Soul surfin’ comme on aurait pu s’y attendre)…
Et pourtant, par la magie de la voix inimitable de Solomon Burke, cet éclectisme ne se transforme jamais en accumulation hétéroclite. C’est même le contraire qui surprend. Cette impression de densité et de richesse accumulée sur un même disque qui, en 11 chansons, donne l’impression d’un long voyage inoubliable au pays de la soul.
Merci Révérend. Maintenant, on sait quel disque tournera en boucle sur nos platines pour les journées pluvieuses de l’automne.