Le Théâtre Mouffetard propose un Dom Juan sombre, sobre, mais superbement réussi !
Dom Juan est un incorrigible séducteur. Les années ont passées mais sa soif de conquêtes n'est pas éteinte. Aussi proclame-t-il sans hésiter que « Tout le plaisir de l'amour est dans le changement », et n'hésite-t-il pas non plus à se marier tous les mois avec une femme différente.
Il est sans foi ni loi, ne respecte rien et surtout pas les vœux des autres: il ne verra aucun inconvénient à séduire une bonne sœur ou une femme déjà fiancée, comme s'il en supportait ni les valeurs ni les engagements des autres, lui qui ne croit en rien, et surtout pas à l'Amour.
Dom Juan se ressaisit dès qu'il sent poindre chez lui la moindre émotion ; il se reprend pour mieux dissiper les sentiments qui pourraient l'étreindre.
Sganarelle, son fidèle valet, réprouve les mœurs de son maître qu'il voudrait voir s 'amender. Mais il est trop couard pour oser exprimer le fond de sa pensée.
« La crainte que j'en ai me réduit bien souvent à applaudir ce que mon âme déteste ».
Cyril le Grix, qui signe la mise en scène, met l'accent sur la noirceur du personnage. Dans sa note d'intention, il affirme ainsi :« je n'ai jamais été convaincu par l'authenticité de la liberté que Dom Juan prétend instituer. Je vois plutôt dans le personnage l'incarnation d'une angoisse existentielle sans cesse refoulée ». Et, de fait, la pièce ne verse pas dans la franche rigolade, même si elle ne tombe pas dans l'excès inverse.
La remarquable sobriété de la mise en scène de Cyril le Grix met brillamment en valeur le texte de Molière et ses subtilités. En l'absence de tout décor, le metteur en scène parvient étonnamment à nous transporter dans les différents lieux de l'action. Pas besoin d'artifices: quelques ombres chinoises figurent très bien une forêt ! Une pièce montée, donc, avec relativement peu de moyens mais qui n’a rien à envier aux productions plus prestigieuses.
Ajoutons que Cyril le Grix est servi par ses comédiens admirables. Le duo entre Dom Juan et son serviteur fonctionne particulièrement bien: Jean-Pierre Bernard, doté d'une belle voix et d'un charme indéniable, incarne parfaitement un Dom Juan sur le retour, et Alexandre Mousset est un pétillant Sganarelle).
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 07/10/2009