Ambitieux, ces Anglais ? En tous cas, leur album, entre pop anglaise et psychédélisme sombre à la Arcade Fire, arrive à nous emmener bien loin et à stimuler notre imagination.
Dans Le Temple du passé, de l’écrivain de science-fiction Stefan Wul, un explorateur de l’espace se réveille à l’intérieur de son vaisseau accidenté dans un univers inconnu, qui se révèle être le ventre d’un monstre marin évoluant dans un océan géant et glacé.
On serait bien en peine de vous expliquer pourquoi, mais l’album de British Sea Power évoque parfaitement ce genre d’univers. Peut-être tout simplement parce qu’on ne sait jamais où ces gaillards vont nous emmener dans la minute suivante, avec leur rock en expansion continue.
Sur leurs deux premiers disques (qu’on n’a pas écoutés), ils ont souvent été comparés à Joy Division, ce qui semblait être un assez mauvais départ, car se prendre pour Joy Division n’est ni facile ni particulièrement original de nos jours.
Heureusement, à l’écoute de ce Do You Like Rock Music, il n’en reste rien en tous cas, ou presque, si ce n’est une vague atmosphère hivernale. Le rock de British Sea Power est plus ouvert, plus « aéré » que celui de Ian Curtis et ses potes (qui bien sûr avaient des tas d’autres qualités).
A la limite, si on devait absolument les comparer à un grand groupe britannique, ce serait plus Blur ou U2 (même si ça risque de les froisser) pour leur côté épique et exalté ; en fait on est beaucoup plus proche du psychédélisme indie de Mercury Rev, ou mieux encore, des Canadiens d’Arcade Fire ou Godspeed You Black Emperor. Ce qui n’est pas étonnant puisque les producteurs de ces deux groupes à la feuille d’érable ont travaillé sur l’album, érigeant sur certaines chansons un véritable mur du son de chœurs, d’harmonium, de cordes en strates indistinctes particulièrement efficace sur les deux vaisseaux amiraux que sont No Lucifer ou Waving Flags, le premier et palpitant single.
British Sea Power sait également bien alterner moments énervés (A Trip Out, Atom) et accalmies (le bel instrumental atmosphérique The Great Skua) tout en gardant une étonnante unité de ton due aux guitares qui forment la base de leurs morceaux, magnifiés ici par ce nouvel habillage plus pop et grandiloquent qui ne plaira peut-être pas à tous leurs fans.
Bon, le groupe n’évite pas non plus certains écueils, notamment des textes parfois trop obscurs, du genre bourrés de références cachées et intello. Mis à part ces petits péchés, l’album reste très agréable, plein de surprises et d’ambiances évocatrices de voyages et d’épopées étranges dans les brumes de quelque océan hostile, ce qui tombe plutôt bien pour un groupe qui s’appelle « Puissance navale britannique ».
Nicolas Lejeune
© Etat-critique.com - 12/06/2008