Repéré par Joey Starr, Disiz la peste est devenu un artiste ambitieux et déçu. Il crache sa tristesse sur un album qui annonce tout simplement la fin du rappeur. Culotté.
Au bout de quatre albums, Serigne M’Baye rend les armes. Les raisons ? Il les explique avec hargne sur une quinzaine de titres qui seront les derniers. Le jeune homme a depuis fait son coming out : il aime bien le rock. Le rap est désormais trop petit pour ce rappeur acide que l’on aimait beaucoup pour sa clairvoyance.
Car depuis son premier album, Disiz taquinait avec une verve extraordinaire la culture issue des banlieues. Il célébrait les vertus et dénigrait avec un humour au vitriol tous les défauts de la rap attitude. "Le poisson rouge" (pour reprendre le titre de son premier disque) remontait à la source du rap à contre courant. Mais désormais Disiz est fatigué de nager.
Alors il va s’arrêter mais il ne s’avoue pas de vaincu ! "The End" dépeint le rap français avec une crudité qui fait plaisir. Tous les défauts sont mis en avant et ridiculisés. Pour lui, le rap s’apparente à un concours de gonflet’ pour machos crétins et manipulés par des radios. Pour que son cri soit entendu, le chanteur a limité la musique à quelques sons synthétiques mais rusés. Il s’en sert pour imiter tous les tics d’un rap commercial, bidon et dénué de sens.
Dégoûté par son univers musical, repère de nouveaux riches abrutis, Disiz sait aussi mordre la société depuis l’arrivée de Sarkozy mais il ne joue jamais les opprimés ou les révoltés. Ses propos sont brillants, remplis d’une espièglerie drôle mais responsable. Ce dernier album permet une introspection douloureuse mais d’une justesse rare. Les morceaux les plus touchants sont ceux où le rappeur parle de son histoire personnelle. Les cages d'escaliers avec le rappeur valent le détour.
Il ne perd jamais de vue l’ambition de cette fin programmée : une vérité crue de l’état du rap. Il montre le vase clos qu’est le milieu. Il raconte sa banlieue avec une sensibilité qui explose les clichés. Le « jeune de banlieue » a grandi, avoue avoir changé, célèbre la liberté et la rime riche.
L’énergie du désespoir fait toute la singularité de cet album. Le rap a perdu un excellent élément. La musique mérite ce rappeur original.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 06/07/2009