Pour son premier album solo en 25 ans, l’ex-batteur et fondateur du mythique The Band nous offre un rafraîchissant retour à ses racines sudistes folk et country.
Vous qui avez aimé la bande originale d’O Brother, vous serez en territoire connu dès la première chanson du nouveau Levon Helm. C’est principalement à ce répertoire, celui de la old time country music d’avant guerre, bien avant Willie Nelson ou même Hank Williams, qu’il a puisé pour ce bien bel album.
Si on cite souvent Robbie Robertson comme leader et principal songwriter du Band, Helm en était le pilier, avec sa voix si particulière qui faisait merveille sur The Night They Drove Ol’Dixie Down (1969), et un jeu de batterie à la fois carré et subtil, qu’on retrouve absolument intact sur le disque qui nous intéresse.
Depuis la séparation du Band en 1976, l’homme s’est montré assez avare en matière de production discographique : son dernier effort studio mémorable remonte tout de même à 1980, et un bien nommé American Son. Depuis, on l’a vu faire quelques apparitions au cinéma, notamment dans des films d’action comme le très écolo Menace Toxique avec Steven Seagal en 1997, ou encore dans Trois enterrements (le vieil homme tout seul avec sa radio dans sa maison, c’est lui !).
Levon Helm, seul Américain d’un Band canadien, a grandi dans une ferme de l’Arkansas, comme Johnny Cash, et c’est à ses propres origines qu’il revient pour ce Dirt Farmer, produit par Larry Campbell, guitariste de session qu’on retrouve sur tout ce qui c’est fait récemment de roots et d’excellent (dont le Modern Times de Bob Dylan en 2006). On y retrouve aussi sa fille Amy Helm, qui assure de superbes contre-chants sur pratiquement tous les morceaux, dans la plus pure tradition country-rock (Emmylou Harris et Gram Parson).
Malgré l’emploi de la plupart des instruments traditionnels du Sud (violon, accordéon, mandoline) l’album garde tout de même une sonorité rock, due notamment à la batterie de Levon Helm.
Côté chansons, que des reprises : pour un album de country-folk, qui s’en plaindra ? De toutes manières l’homme ne reprend que des titres oubliés mais magnifiques, beaucoup de traditionnels comme Poor Dirt Farmer, une chanson de la Carter Family, un blues de JB Lenoir, et le superbe the Mountain de Steve Earle, dont l’album du même nom (1999), exactement dans la même veine, est un sommet du genre.
La voix de Levon Helm, qui revient tout de même d’un cancer des cordes vocales, y est tout de même pour quelque chose : elle en est ressortie marqué par un léger voile qui correspond parfaitement à l’esprit de l’album, un peu comme sur les derniers Johnny Cash. Pour chanter ce genre de musique, c’est sûr, il vaut mieux avoir une voix qui transpire le vécu, sinon ça risque fort de tomber à plat. Et de ce point de vue-là, Levon Helm n’a de leçons à recevoir de personne.
Pour aller plus loin :
. The Band, The Band (1969, EMI)
. Steve Earle, The Mountain (1999, Grapevine)
Nicolas Lejeune
© Etat-critique.com - 07/05/2008