A 50 printemps passés, on n’arrête plus Nick Cave et c’est tant mieux...
D’abord il y a la moustache, noire et tombante, apparue sur le visage du chanteur depuis le projet parallèle Grinderman, l’année dernière, et qu’il n’a plus rasée depuis. Pas si anodin que ça : Nick Cave (re)fait du rock viril, garage, et il assume. Avec comme toujours chez lui une pointe de second degré.
Grinderman, qui devait être un moyen pour le groupe de se laisser aller à son penchant hardcore et crado (avec un joyau comme « No Pussy Blues », inutile de traduire..), a laissé des trace de cambouis sur ce Dig Lazarus Dig !!! . Visiblement les musiciens se sont tellement éclatés dans cette direction qu’ils ont décidé de continuer.
Mais contrairement à sa précédente livraison, où l’option retenue avait été deux disques, l’un furieux, l’autre calme, ici Nick Cave réalise une synthèse de ses deux penchants. L’album y gagne une cohésion sans faille et maintient en haleine du début à la fin, en une sorte de flot, de voyage sonique, signe des disques réussis.
Les compositions sont portées par une rythmique bluesy et des guitares acérées, avec quelques accalmies relatives comme le délicieusement épique « Midnight Man », où Cave s’aventure sur les terres du boss Springsteen.
Et puis, bien sûr, il y a les textes, autre spécialité maison. Foisonnants jusqu’à l’ivresse, drôles, obscurs, intarissables comme le bonhomme dont on sait le goût pour les interviews fleuves, toujours hantés par le sexe et la religion (parfois les deux dans la même chanson). On y croise, dans le morceau titre, le Lazare de Béthanie de l’Evangile (l’histoire aurait traumatisé Cave dans son enfance), mais qui s’appelle Larry et vit, ressuscité malgré lui à New York (ça finit mal), ainsi qu’Houdini la magicien, autre spécialiste de l’évasion, Marylin Monroe, et même, sur « More News From Nowhere », qui clôt l’aventure, certains des personnages de ses anciennes chansons ou PJ Harvey, son ancienne élégie.
A 50 printemps passés, on n’arrête plus Nick Cave et c’est tant mieux.
Nicolas Lejeune
© Etat-critique.com - 11/03/2008