Les héros américains vieillissent mais gardent la santé. John McLane, figure mythique du film d’action revient pour détruire chaque centimètre carré des décors. Les retrouvailles sont chaleureuses mais méritaient un traitement un peu moins conventionnel.
John McLane, avec son marcel, son flingue et sa fâcheuse habitude de se trouver sur la route de vilains terroristes, est devenu un personnage légendaire à Hollywood grâce à trois films, Piège de cristal, 58 minutes pour vivre et Une journée en enfer. Son sens du bon mot, sa manière d’écraser son adversaire de la manière la plus spectaculaire et le sourire en coin de Bruce Willis, voilà ce qu’il a fallu pour que John McLane soit le chouchou du public mondial.
A plus de cinquante ans, Bruce Willis revient dans la peau du fameux flic taciturne. L’énième retour semble un peu tardif et finalement le scénario en joue parfaitement. John McLane est devenu le flic le plus old school des Etats-Unis. Il est complètement dépassé par les événements qui secouent le pays.
Une attaque terroriste par internet paralyse et ruine l’Amérique. Comme il doit escorter un hacker, le revoilà plongé dans les ennuis et son goût pour le gunfight va obligatoirement détoner dans cette guerre où l’arme la plus efficace est le clavier.
McLane au pays de l’informatique c’est un éléphant dans un magasin de porcelaine. Désormais symbole du héros viril des années 80, McLane brille par son esprit primaire mais terriblement radical. Il réduit en bouillie tous les terroristes (français, asiatiques et espagnols mais mené par un américain), il est responsable d’incroyables dégats et atteint des sommets d’héroïsme en affrontant un avion de chasse.
C’est peut être là que se trouve la déception de ce quatrième épisode. McLane n’apparaît pas comme un looser. C’est juste un bon flic droit dans ses bottes et amer dans sa vie personnelle. A la différence des deux films réalisés par John McTiernan, ce quatrième volet fait de McLane, le héros ultime, incarnation fantasmée et crédible (plus que Schwarzie ou Stallone) de l’américain qui se courbe mais ne rompt jamais.
De plus Len Wiseman n’est pas John McTiernan. La virtuosité inventive et l’élégance brillante de McTiernan laissent leur place à une réalisation plutôt hystérique. Les défauts des Underworld se retrouvent ici : les scènes d’action ne sont pas toujours lisibles. A de rares moments, on retrouve le charme mécanique et ludique du jeu du chat et de la souris à l’échelle de la destruction massive. Autrement, c’est un spectacle assez classique, sans grande saveur et commercialement frileux.
Heureusement, Bruce Willis conserve tout son charme. Malgré le poids des années, l’acteur n’a pas son pareil pour incarner le flic morose mais exalté dans l’action. Sa baston face à une informaticienne adepte du kung-fu reste un bel exemple d’opposition entre la virilité américaine et le modernisme mondialiste. Cela a beau virevolter autour de lui, c’est bien le coté terre à terre du personnage qui lui permet de résister le mieux à tous les pièges plus ou moins virtuels du film.
Il est difficile de résister à ce héros d’un autre temps. Cela fait regretter d’autant plus la réalisation finalement poussive de l’ensemble. Il faut cependant prendre le film pour ce qu’il est : un gros blockbuster musclé et parfait pour la saison !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 09/07/2007