Une fille hors de sa vie, voilà ce qu’il faut à Vincent Dietschy pour transformer une comédie sentimentale en portrait doux amer d’une femme d’aujourd’hui. Loin des clichés, Didine rend hommage à une grande actrice trop peu reconnue.
Alexandrine se fait appeler Didine. Ca ne la dérange pas ce sobriquet un peu enfantin. Elle est habituée. Elle s’est aussi accoutumée au fait que les hommes n’aiment pas qu’elle soit détachée. Elle oublie de leur téléphoner. Elle ne fait pas attention.
Elle n’est pas égoïste. Au contraire. Elle est toujours d’accord. Didine est une bonne copine. Mais les aléas de la vie ne la touchent pas. Muriel, sa meilleure amie, est une écorchée vive. Une rupture et c’est la tentative de suicide. Didine la soutient. Sans compter. Sans réfléchir.
De la même manière, la jeune femme se retrouve dans une agence d’aide aux vieilles personnes. Elle rencontre des petits vieux et des petites vieilles. Elle s’intéresse plus particulièrement à madame Mirepoix, acariatre sans scrupule, dont le neveu ne laisse pas Didine indifférente.
L’enjeu sera donc pour Didine, de se mettre en couple avec un beau trentenaire aux yeux clairs et on s’imagine tout de suite une comédie à la française ce qui veut dire sur les amours des plus de trente ans qui ont du mal à passer à l’age adulte.
Il y a de cela dans le second film de Vincent Dietschy. Heureusement, le réalisateur sait tricoter de beaux personnages, nettement moins caricaturaux que dans les dernières bouses du genre. Ici, il y a vraiment du sentiment et ils ne sont pas tous au service d’une blague de télévision.
Dietschy donne de beaux rôles aux femmes âgées, aux petites jeunes, au chanteur aigri (Benjamin Biolay), au comique bizutée (Julie Ferrier, très bien) et surtout à Géraldine Pailhas. Remarquée dans le dernier film de Pialat, Le garcu, vue dans de nombreux films, la comédienne est tout simplement lumineuse dans Didine. On s’étonne de ne pas avoir vue plus tôt cet immense talent, cette grâce et ce plaisir.
Automatiquement on est sous le charme de cette comédienne discrète mais ici radieuse. On comprend que tous les hommes autour du personnage principal, craquent pour cette farouche femme libérée, diaphane et envoûtante. Tout le film tient sur la comédienne, merveilleuse d’un bout à l’autre du film.
Elle cache de la gravité et de la vulnérabilité. Elle transcende les stéréotypes du genre. Installant sa chronique amoureuse à Lyon, le cinéaste évite le parisianisme facile et s’accorde à filmer avec justesse la vie qui suit son cours et qui parfois étouffe les individus. Il observe la solitude de chacun avec une affection agréable et offre une idéale récréation à ceux qui n’en peuvent plus des histoires d’amour en toc que l’on propose depuis quelques temps au cinéma.
Didine est un petit bonheur, sans prétention, qu’il serait stupide de bouder ou de sacrifier pour aller voir un blockbuster français et onéreux donc à obligatoirement sauver !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 30/01/2008