La maison blanche devrait être en train de rougir. Hollywood n’est plus en ordre de marche derrière l’administration Bush. La politique passionne les cinéastes qui prennent un malin plaisir à démonter les mensonges honteux de certains. Salutaire mais dans ce cas là, un peu prévisible.
Le 11 septembre a déboussolé le Monde. Les Américains se sont pris les pieds dans le tapis irakien. Les terroristes sont toujours présents sur la planète. La peur et la paranoïa règnent et cela justifie quelques écarts vis-à-vis des droits de l’homme.
Cette année, le cinéma américain s’est révélé très revendicatif. Beaucoup d’œuvres se sont interrogées sur la position ambiguë de l’Amérique dans le Monde. Plus d’une fois, la charge fut sévère contre la politique de Georges W.Bush. Détention secrète est un énième film à la bonne conscience.
C’est donc un film inattaquable. Après un attentat en Egypte, le film observe les répercussions sur plusieurs personnages, du petit analyste se transformant en bourreau à un père égyptien inquiet par les fréquentations de sa fille en passant par une mère de famille dont le mari a été arrêté arbitrairement.
Gavin Hood (Mon nom est Totsi) décrit donc deux mondes qui s’affrontent mais se ressemblent aussi beaucoup. Jake Gillenhaal a la tête idéale pour représenter la bonne conscience de son pays. En face l’air décidé de Reese Witherspoon sert parfaitement le rôle d’une maman qui découvre les agissements absolument pas légaux de son pays.
Meryl Streep confirme son engagement, après Lions et Agneaux, en endossant le rôle d’un faucon convaincu. Le reste du casting est impeccable et défend des convictions nobles où l’amour est sacrifié sur l’autel de la haine et de la violence.
C’est irréprochable mais tout semble très convenu. La démonstration n’a pas la force des films de Costa-Gavras. Sur le même thème, le film de Peter Berg, Le royaume traitait cela à la manière d’un épisode des Experts. Ici, c’est un poil plus nuancé mais on n’apprend rien de nouveau.
Détention secrète montre juste que le cinéma américain a cette immense qualité de pouvoir s’ancrer dans le réel, même s’il le triture. Peut être le cinéaste se trompe de formule (thriller politique) pour aborder un thème difficile comme le traumatisme du 11 septembre : il aura toujours le mérite de se confronter avec le présent.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 06/01/2008