Depuis Paris Je T’aime on a déjà pu réaliser à quel point les œuvres de collaboration peuvent être bancals. Transposé dans l’univers pornographique, le constat reste le même : de piètres courts-métrages peuvent ternir l’ensemble jusqu’à le rendre indigeste, d’autant plus lorsque l’on touche à l’intime.
Lorsque Dolce & Gabbana s’est réapproprié le mouvement du porno chic pour définir sa stratégie commerciale, on en avait presque oublié Helmut Newton et Andrew Blake qui lui avaient donné ses lettres de noblesses. On est partagé à la vue de cette collection éclectique de regards sur l’acte sexuel entre l’approche mercantile et artistique.
Parmi les sept séquences, Death Valley et Hoist se penchent sur la masturbation masculine qui intéressera peu le public masculin. Si le premier reste très convenu et d’un intérêt cinématographique nul, le second prend plus de risque mais l’apport esthétique rebutera sûrement le plus grand nombre tous sexes confondus. Quant à elles, les contributions de Marco Brambilla et de Gaspar Noé sur l’orgasme confinent à l’épilepsie et provoquent la nausée. On peut d’ailleurs noter que Gaspar Noé réussit encore une fois de plus à transmettre parfaitement le malaise, ce qui n’est pas forcément une qualité ici tant ce dernier paraît gratuit. House Call, enfin, se limite à un montage sonore expérimental sur une production suédoise des années 1970 et ne présente pas non plus un grand intérêt.
En comptant bien, il manque les deux séquences les plus intéressantes bien qu’elles ne vaillent pas suffisamment la peine de subir les autres. Balkan Erotic Epic de Marina Abramovic est une plongée exotique et surréaliste des les mœurs d’Europe de l’Est avec un humour décalé qui tient parfaitement sa place. Impaled de Larry Clark est certainement le morceau le plus savoureux, sorte d’A la recherche de la Nouvelle Star du X, confrontant le regard porté par des adolescents sur le rapport entre la sexualité et le porno. Même si la fin est cousue de fil blanc, certains plans sont surprenants de tendresse et d’humour.
Après 9 songs, ode à la gloire et du sexe et du rock’n’roll, Destricted renoue avec le porno pour bourgeois bohèmes sans s’élever dans l’artistique. L’ensemble reste froid et la surabondance des effets esthétisants éveille beaucoup d’ émotions sauf le désir. Si vous essayez d’envoyer un message subliminal à l’élu de votre cœur, essayez le gingembre.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 24/04/2007