Roman important de la rentrée littéraire, Des hommes permet de confirmer l’importance de Laurent Mauvignier parmi les auteurs majeurs actuels.
Ils se nomment Bernard, Rabut ou Février... Ils ont la soixantaine et se retrouvent cet après-midi-là dans la salle des fêtes de leur village pour l’anniversaire de Solange, leur sœur, amie, voisine… Le point commun de ces hommes auxquels Laurent Mauvignier donne la parole dans son sixième roman est la guerre d’Algérie. Tous ont été appelés, tous ont fait leurs vingt-quatre mois de service, tous ont vécu dans leur chair l’atroce réalité de cette guerre sauvage et sans merci, tous sont rentrés et se sont tus.
Quarante ans de silence. Quarante ans de déni qui volent en éclats lorsque Bernard s’approche de sa sœur pour lui offrir son cadeau et qu’elle le refuse. Une dispute s’engage et Saïd Chefraoui, un collègue de Solange, s’interpose…
Les souvenirs ressurgissent alors. Tour à tour, ces hommes se souviennent. De leur voyage pour rejoindre Marseille, de leur découverte d’un monde dont ils ignoraient tout, de leur traversée en bateau, de leur cantonnement, de leurs actions, de leurs permissions… Mais surtout ils se souviennent de leurs peurs.
Des hommes n’est pourtant pas un roman sur la guerre d’Algérie. Plutôt une recherche sur la fêlure enfouie en chacun. Une analyse, au sens thérapeutique du terme, déclenchée par un minuscule incident dont les ramifications plongent au plus profond de l’intime.
Porté par un passionnant travail d’écriture qui tente de mettre des mots sur l’indicible, Des hommes affirme le style de Laurent Mauvignier et confirme sa place parmi les plus intéressants de sa génération.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 23/11/2009