Cinq jours à fond les caissons. Bourges 2009 a tenu ses promesses. Les Découvertes ont mis de belles claques. Koumekiam, en l’occurrence. La Rock’n’beat party de samedi soir restera culte. Avant que Tryo close le festival dimanche.
Depuis mardi, les lunettes de soleil étaient de rigueur. Logique que l’été se poursuive vendredi pour le Printemps quand celui-ci affiche une soirée reggae au Phénix . Du du beau monde : Inna de Yard all stars, Toots and the Maytals, Patrice, Grosse frustration personnelle de ne pas avoir vu Keziah Jones (retenu au travail…). Mais plusieurs confrères et un ami mélomane ont confirmé que le bluefunk du Nigérian collait à sa personne : classe.
Lui qui a été découvert par un producteur dans les couloirs du métro parisien aurait apprécié l’interprétation du génialisme Métro de Java, qui jouait juste après lui. Sauf que c’était en extérieur, donc gratos. Eh oui, il y avait de quoi se rattraper sur le off. La gouaille de R-wan et de ses potes (de retour avec un nouvel opus, on vous en reparlera bientôt), en allant de droite à gauche à l’écoute de nouveautés ou de Pépètes, le tout dans une ambiance festive bon enfant, ça fait un bien fou après une journée merdique !
Le manque de sommeil cumulé disparaît de suite quand votre soirée se poursuit au 22 Est. Ambiance de furieux avec le duo bordelais Kap Bambino. Tee-shirt noir XXXL sur fond de photo kitsch de Kurt, Nirvana écrit en énorme au-dessus, des collants bleus dégueux, la jolie petit blonde se la joue antisexe. Sur les sons calcinés, de la techno trash d’Orion Bouvier, Khima France hurle. Adepte de cris stridents, on a beau chercher impossibke de trouver l’origine de cette langue. Ça pourrait être du japonais couplé à un Allien. Caroline Martial dans la vie, véritable petite boule de nerfs saute partout, slame sans prévenir, jette son micro, pousse les teens qui montent sur scène après avoir danser avec eux. En sueur, son maquillage noir lui recouvre le visage. Sauvage. Déluré. A voir.
Autre belle surprise, Battant. Cet énergique trio anglais a distillé de l’electro-rock très new-wave. La chanteuse et guitariste dégage un charisme fort. Ses deux acolytes n’ont qu’à bien se tenir.
Samedi après-midi, toujours au 22, Lyon a prouvé qu’elle était un nid pour la chanson française. Les origines berbères de Karimouche amènent une sonorité riche à cette artiste improbable. Voix cassée, sourire scotché, blagounettes avec le public, sans parler de son charme fou. Entre hip-hop, rock et reggae. Accompagné d’un beat-boxeur, d’un claviste et d’un DJ percussionniste, la danse du ventre en fin de spectacle nous a donnée le béguin.
Autre fruit de l’agglo rhônalpine. François et Arnaud, autrement dit Koumekiam. Le premier, intermittent à la diction parfaite proposant un titre subtil sur les méfaits artistiques du statut, assure le spectacle. Le second, plus discret, appose les notes de sa guitare, qui est aussi sa batterie. La rage qui anime Koumekiam se traduit tout en subtilités et de respect de l’autre. Il parle de l’immigration sans tomber dans le racolage. Et de soi. L’humour est son allié. Les maisons de disques affluaient à la table de son entourage, à l’issue du concert. De la logique pure.
Samedi soir, direction la Rock’n’Beat party. Neuf heures de son à faire bouger les pieds. Treize concerts répartis en deux lieux : le Phénix et le Palais d’Auron, soit 8.500 spectacteurs. Il fallait faire des choix, nous sommes donc restés dans le premier. Dommage que Etienne de Crécy et Laurent Garnier jouaient en même temps. Dans un Phénix incandescent, perché en haut de son immense structure cubique de 6X6 m avec des projections (digne d’un morpion géant !), le père de la house a assuré un set de fou. Une prestastion à faire bouger un cul-de-jatte. Aux dires de clubbers avisés, le nouveau live de Garnier au Palais d’Auron était du même acabit. Deux maîtres.
Il faut dire que The Ting Tings avaient bien préparé le terrain à de Crécy. Katie White a une voix parfaite pour le rock. Peu ont vu sa plastique parfaite tant le grand chapiteau berruyer explosait de partout. Une bouillonnante surprise qui a fait souffrir le parquet. Avant eux, Sporto Kantes version rock, c’est tout simplement génial. Les délurants ex-Wampas et Wanderers ont montré qu’un album électro (3 at last) peut se jouer rock.
Plus tard dans la nuit, Yuksek a fait le métier. Fini le piano au Conservatoire de l’enfance, c’est du beat bien speedés. Des sons aux reflets joyeux qui fusent de partout Tonight, c’est ça le tube. ? Six lettres, pas mieux.
Une fois les problèmes de retour gérés (sidérant pour une telle salle. Idem avec Anaïs mercredi !), les quatre drilles de Birdy Nam Nam ont balancé des scratchs beaucoup plus lourds.
La fin de nuit a été une quasi-imposture. Digitalism ne mérite pas son statut de superstars. Le duo allemand a remixé du Daft Punk, MGMT de manière plate… Et on est donc partis avant la fin. Mais bon, on retiendra 7 h de show de qualité.
Dimanche, la tradition veut qu’il n’y ait qu’un seul concert. Gratuit il y a encore quelques années, il coûtait 32€ pour voir Tryo… Cela n’a pas empêché les 6.000 places du Phénix se vendent avant le début du Printemps.
En première partie, Miss Platnum et sa fanfare balkanique remixée à la pop de dancefloor a chauffé un public familial. Belle image que de voir les visages et les cris des collégiennes qui allaient en copines à leur premier grand concert, au moment où Tryo monte sur scène. Toi et Moi en ouveture, c’est doux et fougueux à la fois. A l’image de ce concert. Sers moi, de Grain de Sable, voyait les couples se lover et les mamans prendre leurs bambins. Dans la foulée, La Main Verte voyait le Phénix « fuuuuumer des péttttttts ». Emouvant contraste. On se revoit réviser le bac et le smile reste figé jusque là.
Avec un violoncelliste chilien et un percussionniste argentin pour les chansons du nouvel album, on voyait l’évolution parcourue en 11 ans. Visionnaire les Tryo. Car Guizmo n’a pas tort de rappeler que « La crise est une chanson de 2009 ».
Sinon, côté people, vendredi la droite était représentée : Jack Lang (a), comme tous les ans, est venu montrer son bronzage et sa chirurgie plastique. Concurrencer par François Bayrou, lui aussi venu pavanner. Tellement rock le Béarnais… Danny le Vert a pris le relais samedi. Mais le seul, le vrai politique qui méritait d’être là, c’était Christophe Salengro. Monsieur le président du Groland est resté les 5 jours, invité par le quotidien du festival où il chroniquait son billet quotidien. M. le Président reste pour nous le seul élu du peuple. Du vrai.
Maintenant, on peut dormir et boire du thé pour se donner bonne conscience !
Thomas Delavergne
© Etat-critique.com - 28/04/2009