Présenté en 2008 au Festival de Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, le troisième film et Rabah Ameur-Zaïmèche explore les liens étroits entre la pratique de l'Islam et le monde du travail.
Au fond d'une zone industrielle glauque de la banlieue parisienne, coincée entre les citernes de carburant surdimensionnées et les décollages de longs courriers de l'aéroport proche, une petite entreprise de réparation de palettes (et accessoirement de camions) connaît la crise. Crise religieuse, politique et économique.
Religieuse quand Mao, le patron prosélyte, décide de faire installer à ses frais une petite mosquée à côté des vestiaires de ses ouvriers, tous musulmans. Politique quand il nomme l'imam de sa mosquée sans concertation et que celui-ci est contesté par une partie des fidèles. Economique quand le manque de rentabilité du garage contraint Mao à licencier ses trois mécanos… qui sont aussi les fidèles contestataires !
Les films français qui se coltinent à la réalité sociale et économique de notre pays, au quotidien des travailleurs émigrés, à l'importance de la pratique religieuse et à son imbrication forte avec la vie professionnelle et personnelle, sont trop rares pour que l'on néglige le dernier long-métrage de Rabah Ameur-Zaïmèche.
Entouré d'une majorité d'acteurs non professionnels, il tente, avec succès parfois, d'explorer tout ce pan occulté de notre société, de filmer ceux que l'on ne filme jamais. Dialogues rares mais efficaces, souci constant de restituer la complexité des problématiques, esthétique pertinente qui fait la part belle aux empilements de palettes peintes en rouge, dramaturgie intense mais procédant par à-coups… Dernier maquis est de ces films qui pointent du doigts des réalités méconnues et pourtant essentielles, qui interpellent l'intelligence du spectateur.
Pourtant, ce mérite ne doit pas valoir absolution pour ses défauts intrinsèques, à commencer par un amateurisme et une maladresse formelle que l'on doit s'interdire de considérer comme inhérents au propos. Il n'y a pas de fatalité de l'ennui ou de la lenteur excessive. La pertinence et le poids du message ne se jauge pas à l'aune de ses hésitations et de ses approximations. Il y a longtemps déjà que Ken Loach (ou Robert Guédiguian dans une moindre mesure) nous le prouve film après film, combat après combat, dénonciation après dénonciation.
Considérons donc Dernier maquis pour ce qu'il est : un film au thème rare, difficile et passionnant, traité sans facilité scénaristique. Mais rendons ce service à Rabah Ameur-Zaïmèche de ne pas lui tresser de lauriers immérités : les défauts de sa réalisation (ou de son montage final) sont trop criants pour être "oubliés".
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 31/10/2008