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Mercredi 23 Mai 2012Musique

 Dante

Dante

. ABD AL MALIK

(Polydor - 2008)

Et ta critique ?




Le rappeur continue de fuir les stéréotypes du genre pour un rap posé et sensible. Son enfer est un paradis pour les amateurs de bizarreries.

Le slam est un mot qui englobe tout. Le slam c’est de la poésie urbaine. Du rap cultivé. Une marque déposée. Abd el Malik est le fer de lance (avec Grand corps malade) de ce mélange de genres qui peut être approcher par le grand public.

On peut soupçonner le chanteur d’être un intello gauchiste de banlieue mais il a tout de même le bon goût d’accorder le rap et le jazz avec un flow qui respecte les anciens, de Nougaro à Greco !

La révolte d’Abd al Malik n’est pas l’enfer grotesque et bling bling de nombreux rappeurs français qui ne se sont jamais remis de Scarface. Le discours est calme, élégant et futé. Il décrit le quotidien avec une habileté, un peu trop visible mais rassurante. C’est verbeux mais très loin des beauferies habituelles.

Ici, la ville de Marseille échappe à toute l’imagerie si cher à la saga des Taxi. Les banlieues ne sont plus un ghetto mais le décor sombre de drames individuels et sociaux. 

Bien entendu, avec un piano ou quelques instruments classiques, le rappeur peut en faire des tonnes. Parfois, on imagine un Jacques Brel en adidas. Plus d’une fois, il glisse doucement vers la parodie moderne d’illustres noms de la chanson française. Ses musiques de chambre donnent de temps en temps un ton moralisateur.

C’est prétentieux mais aussi ambitieux. Le rap de Régis Fayette Mikano prend de la hauteur. Sa chanson sur Césaire est délicieuse. Sa vision des années 80 (Lorsqu’ils essayèrent) reflète une réjouissante originalité. La musique arrive à nous faire secouer la tête.

Le chanteur atteint même notre cœur avec de beaux moments autobiographiques comme cette petite valse moderne (Conte alsacien).

Au final, c’est un disque trop séduisant, consensuel mais indéniablement réalisé avec talent !
On le savait déjà : on aurait aimé un peu plus de surprises !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 02/02/2009