Le pays d’Agnès Jaoui est fortement latin. Le tempérament est fier. Le talent est grand. Fado, bossa, tout réussit à la cinéaste. Elle doit faire des jalouses.
Le premier disque d’Agnès Jaoui (Canta, en 2006) n’était pas un caprice de comédienne. Plus jeune, elle avait suivi des cours de chant lyrique. La voix surprenait par son assurance et surtout elle s’essayait à un registre complexe : les chansons latines.
Le second opus continue dans la même veine. Accompagné de son propre groupe (où l’on croise Vincent Segal) et de nombreux invités, la réalisatrice s’imagine en chanteuse de fado, en cantatrice sud américaine. Habitée, elle s’approprie avec beaucoup de cœur, quelques reprises de Raul Paz ou Chico Buarque.
On devine ce qui peut plaire dans la tradition latine à une actrice qui possède une véritable voix. Très expressive, l’ambiance latino permet des morceaux particulièrement dramatiques et vivants. Il ne faut pas deux chansons pour vouloir s’installer dans son pays.
Agnès Jaoui, dans ses films, aime fustiger les travers des Français ; en musique, elle s’imagine un endroit agréable et idéal. C’est un lieu accueillant où chacun vient avec ses idées, ses origines et ses instruments. Sa composition, Dans mon pays, résume avec élégance cette envie de liberté et de rencontre.
La plupart des titres sont des échanges entre la chanteuse et des artistes de divers horizons. A chaque fois, on se sent bien entre deux artistes ravis de célébrer la diversité de la musique latine. Bossa, flamenco, fado (une petite préférence pour ce genre), manouche ou salsa, tout y passe et tout est bon.
Jeanne Balibar, Sandrine Kiberlain et toutes les apprenties chanteuses venues du cinéma peuvent faire la grimace. Agnès Jaoui a une grâce chaleureuse et une formidable personnalité en tant que chanteuse. Ce disque est un petit coin de paradis, où l’on se perd avec délice. Par le plaisir qu’il procure, le pays de Jaoui n’a pas de frontière et aucune limite.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 11/12/2009